NEW YORK

Ce matin, chacun s’est réveillé avec ce sentiment d’avoir fait un rêve atroce pour aussitôt réaliser que la tragédie était bien réelle et que les choses ne pourraient plus jamais être comme avant…

Le Dr Simons essaie de s’oublier dans son travail, retournant à son cabinet. Néanmoins, il fait jouer ses relations afin de s’entretenir avec le médecin légiste qui s’occupera de l’autopsie du corps de Jackson Elias, afin d’avoir accès au rapport.

De son côté, Mary Sanger décide de se renseigner sur Erica Carlyle, soeur de feu Roger Carlyle dont la funeste expédition avait tant interessé Elias. Seule héritière de la fortune des Carlyle, la jeune femme de 28 ans a su, contrairement à son dispendieux frère ainé, redresser la barre des finances à la satisfaction des actionnaires de prime abord dubitatifs. Elle travaille d’arrache-pied et ne semble guère goûter les mondanités new-yorkaises. on la dit en permanence accompagnée de son bras droit Bradley Grey et de son garde du corps, un certain Joe Corey, qui la suit comme son ombre.

O’Rourke rend visite à un cousin éloigné travaillant dans la police du Lower East Side, afin de creuser l’intuition du médecin concernant d’éventuels meurtres similaires. Il apprend en effet que plusieurs personnes ont été assassinées à New York dans des circonstances troubles par un maniaque surnommé par la presse « Scariface », en raison des scarifications infligées à ses victimes. D’après le policier, avec tous ces immigrés, ces anarchistes et ces nègres qui affluent, transformant cette ville en égoût rongé par le crime, ce ne sont pas les coupables qui manquent. Et de conclure, non sans cynisme, qu’ils savent tous deux de quoi ils parlent, avec leurs racines irlandaises. Le détective se rend ensuite aux éditions Prospero afin de s’entretenir avec l’éditeur d’Elias, Jonah Kensington. En attendant d’être accueilli dans le bureau de l’éditeur, O’Rourke remarque non sans intérêt que les publications des éditions Prospero correspondent à son goût personnel pour l’occultisme. Jonah Kensington, un quinquagénaire barbu au crâne dégarni, semble lui aussi très éprouvé par le meurtre d’Elias et l’accueille avec une chaleur qui le surprend presque, lui qui n’était pas si proche d’Elias. O’Rourke fait la connaissance de Charles W. Finley, un professeur d’Histoire de l’Université Columbia. Si l’homme respire une certaine gaucherie, comme mal à l’aide dans un corps trop grand pour lui, le regard derrière ses lunettes laisse deviner une sagacité certaine. Ayant relaté avec le tact qui s’impose les circonstances du drame de la veille, le détective s’enquiert du sentiment de l’éditeur quant à cette sinistre affaire.

Kensington n’avait plus eu de nouvelles d’Elias durant des mois, celui-ci ayant quitté les Etats-Unis en juin pour enquêter sur l’expedition Carlyle , dont la disparition brutale au Kenya en 1920 avait fait les gros titres. En août, le journaliste lui avait fait parvenir des liasses de notes manuscrites depuis Nairobi. Il y détaillait diverses entrevues avec des responsables de l’administration coloniale britannique mais également avec des autochtones. Elias semblait certain qu’un de ces cultes obscurs auxquels il avait voué sa carrière était bel et bien impliqué dans le massacre des membres de l’expédition, malgré les démentis des autorités locales. Plus troublant encore, il avait recueilli le témoignage d’un mercenaire affirmant avoir rencontré à Hong Kong, en 1923, l’un des membres de l’expédition, Jack Brady, bien vivant, soit plus de trois ans après les évènements. C’est cette révélation qui semble avoir été le point de départ à partir duquel Elias a échaffaudé la théorie selon laquelle les autres membres de l’expédition maudite pourraient être encore en vie et de là, le projet de son prochain livre. Le mois suivant, à la mi-septembre, Kensington avait reçu un câble expédié par Elias de Hong Kong afin d’obtenir une avance pour poursuivre son enquête.

C’est à ce moment de la discussion que Mary Sanger frappe à la porte du bureau. Jonah Kensington, la larme à l’oeil, la prend dans ses bras comme si il la connaissait de longue date. Après ces effusions, l’éditeur les invite à poursuivre la discussion dans un petit restaurant du quartier. Durant le repas, Kensington avoue que sur la fin, l’état de santé mentale de Jackson Elias le préoccupait au point d’envisager d’inciter l’écrivain à passer du temps en maison de repos à son retour. Cherchant à comprendre ce qui pouvait l’amener à de telles conclusions, Finley et O’Rourke persuadent l’éditeur de leur montrer un carnet qu’Elias lui a envoyé de Londres en décembre, peu de temps avant son retour en Amérique. Feuilletant les pages cornées, le discret professeur ne peut manquer d’être ému. Page après page, l’écriture de son ami se fait de plus en plus chaotique, trahissant une instabilité croissante que l’incohérence de ses propos ne fait que confirmer. Les dernières lignes, tragiques, bouleversent Mary Sanger. Kensington propose à O’Rourke de le rétribuer, tout comme l’aurait fait Elias, afin de retrouver les responsables de ce meurtre odieux. Le détective accepte, pour l’argent qui lui fait cruellement défaut, mais également par respect pour la mémoire de l’écrivain avec qui il avait sympathisé, quelques années auparavant…

Ayant pris congé de l’éditeur paternaliste, tout en l’assurant de leur présence aux obsèques dimanche après-midi, Miss Sanger, O’Rourke et Finley décident d’explorer méthodiquement les pistes qui s’offrent à eux, non sans avoir préalablement mis au courant Simons des derniers développements.

Se répartissant les tâches, Mary Sanger cherche à trouver un moyen de rencontrer la richissime Erica Carlyle afin de savoir ce qu’elle sait sur cette affaire. Après tout, elle s’est rendue au Kenya à l’époque pour organiser des recherches. Pendant ce temps, le Dr. Simons tente de rentrer en contact avec le professeur Anthony Cowles afin de savoir pour quelle raison Elias avait conservé le tract de sa conférence. Appelant l’université de la petite ville provinciale d’Arkham, il laisse un message, espérant que l’anthropologue le rappellera à son cabinet.

De son côté, O’Rourke s’intéresse à la lettre de cette Miriam Atwright trouvée dans la chambre 410. Elias semble avoir cherché à obtenir un ouvrage, « Sectes Secrètes d’Afrique », dont elle ne disposait apparemment plus. Considérant qu’elle est probablement bibliothécaire ou propriétaire d’une collection de livres rares, il décide d’accompagner Charles Finley à la bibliothèque de l’université Columbia, ce dernier préférant de loin les tête-à-têtes avec les vieux bouquins et journaux poussiéreux que les conversations embarrassantes avec les gens. O’Rourke tombe par chance sur quelqu’un connaissant très bien Miriam Atwright, une bibliothécaire de l’université d’Harvard à Cambridge, Massachusetts et s’empresse de l’appeller. De toute évidence, Miss Atwright avait beaucoup d’admiration pour Elias et l’annonce de la mort de l’écrivain la prend de court. Malgré son émotion, elle se rappelle effectivement qu’Elias désirait consulter cet ouvrage pour des recherches concernant un culte africain, mais lorsqu’elle voulut le récupérer dans la salle du fonds ancien, pourtant fermée au public, elle eut la surprise de découvrir que le livre avait disparu. Elle ne parvient toujours pas à comprendre qui a bien pu le voler mais se souvient nettement d’une odeur aussi épouvantable qu’inexplicable imprégnant les lieux. A défaut, O’Rourke lui demande d’essayer de lui obtenir un maximum de renseignements bibliographiques sur le livre.

Rompu à la recherche documentaire, Finley parvient assez rapidement a retrouver dans les excellentes archives de la Bibliothèque Municipale de New York plusieurs articles mentionnant des crimes de sang imputables à un mystérieux tueur sévissant depuis plusieurs années à New York. Néanmoins, les journalistes ont mis un certain temps avant de remarquer ses actes pour finir par le surnommer « Scariface ». Pour autant, l’historien ne parvient pas à mettre en évidence un motif récurrent au delà de son mode opératoire, les victimes étant issues de milieux très différents, certaines étant des personnes de couleur de Harlem, d’autres des blancs, hommes comme femmes.

En fin d’après midi, Simons a un bref entretien avec Anthony Cowles, qui invite le médecin à venir lui rendre visite à Arkham ce weekend afin de discuter plus avant des thèmes développés dans sa conférence.

Après avoir vainement tenté d’apprendre si Erica Carlyle serait susceptible de fréquenter quelque galerie d’art ou exposition du moment, Miss Sanger, favorisant, contrairement au professeur Finley, l’approche de terrain, décide de se rendre au siège du groupe Carlyle à Manhattan. Le hasard faisant parfois bien les choses, en sortant d’un entretien où elle s’est faite passer pour une jeune femme en recherche d’emploi, Mary aperçoit dans le luxueux hall d’entrée une belle jeune femme blonde dans un manteau de vison accompagnée d’un homme un peu dégarni, à la silhouette austère et longiligne. Elle reconnait instantanément la riche héritière et son bras droit, l’avocat Bradley Grey. Alors qu’elle s’approche, une silhouette massive dans un pardessus anthracite s’interpose et visse sur elle un regard bleu glacial. Le garde du corps, Joe Corey lui intime sans courtoisie de passer son chemin, et Mary peu rassurée, comprend que le gorille ne doit pas davantage avoir de manières avec les dames qu’avec les hommes. Malgré la référence à d’importantes informations concernant un danger encouru par Melle Carlyle, elle se heurte à un refus brutal. Impuissante, elle voit la femme d’affaires et son conseiller sortir du bâtiment, bientôt rejoints par l’homme de main.Pestant, la journaliste ne sait que trop qu’il faut parfois savoir mettre le pied en travers de la porte, fut-il métaphoriquement. Elle se précipite dans la rue, juste au moment où Corey s’apprête à prendre le volant de la Silver Ghost rutilante. On frôle l’incident lorsque la voyant sortir une carte de visite, l’homme est à deux doigts de dégainer son arme. Le malentendu est évité de justesse, Corey empoche la carte sans rien dire avant de monter dans la Rolls Royce qui s’engage dans le trafic de la 5ème Avenue.

Se retrouvant tous le soir même au cabinet de Simons, il est rapidement décidé, les obsèques d’Elias ayant lieu dimanche après-midi, de tenter l’aller-retour vers Arkham dans la journée de samedi en prenant un train jusqu’à la gare de Boston où O’Rourke a laissé son automobile. Mary hésite initialement à être du voyage. Rendez-vous est finalement pris pour le train de 8:15. Chacun rentre prendre du repos, à l’exception de Mary, qui, trop ébranlée par les récents évènements pour espérer trouver aisément le sommeil, choisit l’oubli dans la fumée des cigarettes, les vapeurs d’alcool et la frénésie du jazz des soirées newyorkaises où elle a ses entrées…

jeudi 15 janvier 1925

samedi 17 janvier 1925