Silas N'KwaneQuiconque ose s’aventurer dans au fond de l’impasse de Ransom Court peut tomber sur la petite Boutique Ju-Ju. Dans la pénombre brune qui règne derrière la vieille vitrine crasseuse, l’audacieux découvre alors un empilement anarchique d’objets africains en tous genres où se mêlent pacotilles et trésors ethniques, tam-tams tendus de peaux d’antilopes, fétiches de bois et perles colorées, boucliers tressés et autres gris-gris sous le regard inquiétant de masques énigmatiques, de statuettes païennes grotesques et d’animaux empaillés croulant sous la poussière…

Au milieu de ce capharnaüm se tient, tel un vieux sage dans son costume bon marché, un vieil homme de plus de 70 ans, au visage sillonné de rides et à la chevelure blanche, portant de mauvaises lunettes rondes sur le bout du nez derrière lesquelles son regard sagace jauge les clients. Silas N’Kwane serait né sur les côtes du Kenya, à Lamu, pour qui veut bien discuter avec ce vieillard un brin sarcastique, mais réside en Amérique depuis bien longtemps. Sa boutique vend « d’authentiques trésors africains pour les vrais connaisseurs » bien que l’on peine à imaginer comment il peut bien en vivre. N’Kwane semble connaître bien des choses sur ce qui se passe dans les taudis et les arrières-cours d’Harlem, loin des paillettes et des soirées endiablées de Lennox Avenue. Il se souvient de la visite d’Elias et promet, contre rétribution, de se renseigner sur de sinistres nègres porteurs de prangas. Toujours courtois, sa déférence laisse néanmoins pointer par moment une certaine ironie qui a le don d’irriter la sensibilité catholique d’O’Rourke.

Les horribles évènements de la nuit du 25 janvier révèleront que ce visage débonnaire cache une âme corrompue par des pratiques impies.