New York

Ce matin, le Dr Simons décide de creuser la piste Carlyle-Huston, en s’intéressant aux dossiers que le psychanalyste tenait forcément sur ses patients. En toute logique, lorsque celui-ci a été déclaré mort au Kenya, tous ses dossiers ont sûrement du être classés aux archives du Bureau des Affaires Médicales, à l’angle de Park Avenue et de la 61ème rue. Jouant de son statut de médecin, il parvient à persuader le responsable des archives de le laisser consulter le dossier Carlyle. Lorsque le fonctionnaire revêche hésite entre Erica Carlyle et Roger Carlyle, Simons répond sans réfléchir, avant de se maudire d’avoir laissé passer une occasion d’en savoir plus sur la riche héritière. Néanmoins, le dossier de Roger s’avère plutôt instructif. Il y découvre les rêves hantant le jeune homme, qui croit ressentir un puissant appel émanant d’une silhouette énigmatique aux traits indistincts, le tout nimbé dans une imagerie égyptienne et un délire mystico-religieux. Robert Huston relève divers symboles récurrents tels que la croix ansée inversée ou encore la figure de la pyramide asymétrique qu’il interprète comme des métaphores des pulsions mortifères et de l’instabilité émotionnelle de son patient. Le praticien s’inquiète de l’influence qu’exerce la mystérieuse Anastasia, que Carlyle nomme parfois M’Weru, semblant l’idéaliser au point de voir en elle une sorte de « prêtresse », selon ses propres termes. Il semble de fait dubitatif quant à sa place au sein de l’expédition. Détail intéressant, Huston semble pourtant contraint de partir, Carlyle le menaçant de révéler quelque secret que le psychanaliste semble clairement préferer passer sous silence.

De son côté, la journaliste n’est pas inactive. Essayant également de compléter le profil des membres de l’Expédition, elle passe la journée à rassembler un maximum d’informations concernant Hypathia Masters, amie de Roger Carlyle, avec qui elle a en commun le fait d’avoir hérité d’une belle fortune, encore que dans son cas vaguement auréolée de scandale, comme relaté dans Les Maîtres de la Corruption de N.Steinburg. Elle dresse petit à petit le portrait d’une jeune femme éduquée, objet de toutes les attentions de son père, ayant vite manifesté un tempérament un brin rebelle et artiste, se tournant vers la photographie avec un certain succès critique.
Mary connaissant beaucoup de monde, notamment dans les milieux mondains et culturels, elle finit par retrouver la trace d’une amie d’université de Masters, Olivia de Bernadesta, tenant désormais une galerie d’art sur la 25ème rue. Prétendant de prime abord s’intéresser aux travaux d’Hypathia Masters, Mary Sanger parvient à faire prendre un tour plus personnel à leur conversation. Elle apprend que ce ne sont pas les perspectives de photographier les monuments egyptiens ou la faune de la Vallée du Rift qui auraient poussé la jeune femme à quitter New York mais un drame beaucoup plus intime. Par esprit de non-conformisme, que Mary ne comprend que trop bien, Hypathia aurait fréquenté des cercles d’intellectuels ou elle aurait fait la connaissance d’un jeune étudiant marxiste sud-américain, Raul Luis Maria Pinera, dont elle se serait éprise. Il aurait mis un terme à cette relation scandaleuse en quittant les USA sans plus d’état d’âme lorsqu’Hypathia lui révéla qu’elle était enceinte. Comprenant qu’elle ne pouvait garder cet enfant, elle se fit avorter en secret, mais l’opération entraina des complications. Hypathia serait désormais incapable de concevoir un enfant ce qui la plongea dans une profonde dépression. C’est également à ce moment qu’Olivia perdit le contact avec son amie mais elle reste convaincue qu’en partant en Egypte, Hypathia cherchait à fuir ses démons intérieurs…

Simons retourne dans l’après-midi à son cabinet où il a la surprise d’un appel venant du Massachusetts. Il s’agit du professeur Anthony Cowles qui, fidèle à sa promesse, a interrogé des collègues du département anthropologique de l’Université Miskatonic au sujet de l’affreux pictogramme gravé sur le front de Jackson Elias. D’après l’australien, il s’agirait d’un symbole renvoyant à une secte antique, le Culte de la Langue Sanglante, qui aurait été bannie d’Egypte par les pharaons et chassée vers le sud, au-delà des sources du Nil, il y a de celà plusieurs milliers d’années.

Aux yeux des Investigateurs, les pièces du puzzle semblent commencer à se mettre en place, tout en soulevant d’autres questions…

Serait-il possible que Penhew et les autres membres de l’expédition aient exhumés quelque secret dans les sables égyptiens les poussant à marcher sur les traces de l’antique culte, vers l’Afrique sub-saharienne?
Cela a-t-il effectivement scellé leur destin ou bien, d’après l’hypothèse d’Elias, ont-ils survécu à leur quête, choisissant de demeurer mort aux yeux du reste du monde?
En admettant que ce soit le cas, est-ce par peur de gens dangereux dont ils ont croisé la route, des gens capable de retrouver et de massacrer un journaliste à l’autre bout du monde ?
Ou alors ourdissent-ils quelque complot dans l’ombre comme semblait le sous-entendre confusément Elias dans le chaos de son carnet londonien ?
Et si l’on accepte une idée aussi folle, quels inquiétants mobiles les pousseraient, comme le suspecte O’Rourke, à être éventuellement de retour à New York, cinq ans après?

Et les Investigateurs de se perdre en conjectures, frustrés par le sentiment qu’en vérité, à mesure que progresse leur enquête, le mystère ne cesse de s’épaissir…

Lundi 19 janvier 1925
Mercredi 21 janvier 1925