New York

Le matin, Finley, secoué par ses cauchemars, va assister au sermon de son pasteur. O’Rourke, se rend pareillement à la messe pour confesser les meurtres du Chelsea, bien que commis en légitime défense. Pendant ce temps, plus pragmatique, le Dr Simons retourne à son cabinet vérifier ses papiers et sa boite aux lettres. Mal lui en prend car tandis qu’il hèle un taxi, il est accosté par un inconnu de race blanche qui tente de l’assassiner à coups de couteau avant de prendre la fuite. Grièvement blessé à l’abdomen, Simons survit mais doit être être hospitalisé de toute urgence.

Dans l’après-midi, alors que ses trois compagnons se tiennent à son chevet, ils reçoivent la visite inopinée du lieutenant Poole, bien décidé à tirer au clair des agressions qui ne sauraient être imputées à une simple coïncidence. La discussion est tendue, le policier subodorant que les Investigateurs ont mis la main sur des indices au Chelsea Hotel. De guerre lasse, ils décident, après bien des hésitations, de lui dévoiler leurs soupçons visant une possible implication d’Erica Carlyle, qui aurait eu tout à gagner à voir son frère disparaître, ainsi que le lien probable existant entre l’Expedition de 1919 et les meurtres rituels perpétrés par « Scariface ». Notes d’Elias à l’appui, ils parviennent à le convaincre que le tueur maniaque serait en fait un groupe sanguinaire mais organisé, aux antiques racines africaines.

Dans la soirée, poussé par Mary, O’Rourke choisit d’espionner la Boutique JuJu depuis l’officine désaffectée d’un ancien prêteur sur gage de la 138ème rue donnant sur Ransom Court.
En plein de milieu de la nuit, aux alentours de minuit, il a la surprise de voir plusieurs groupes, au total environ une trentaine de personnes, s’engager dans l’impasse obscure pour disparaitre dans la boutique. Il faut attendre plus de deux heures pour que la mystérieuse congrégation n’en ressorte.
Après quelques tergiversations, le détective et la journaliste parviennent à convaincre le professeur de pénétrer dans la boutique à priori déserte. Forçant la porte avec le cric de l’automobile, ils fouillent le sinistre capharnaüm et découvrent sous un vieux tapis une trappe menant vers une cave. Finley reconnait certains symboles ornant les murs de briques du couloir en sous-sol comme étant des symboles d’origine africaine, probablement kikuyu. Tous signalent un lieu consacré au Mal…
Du fait de sa solidité, il leur faut plus de vingt minutes d’effort pour dégonder la lourde porte de chêne renforcée de métal barrant le bout du couloir. Finley, incapable en revanche d’identifier les étranges glyphes gravés sur la porte, en effectue un rapide frottis. Depuis le seuil, ils sont immédiatement assaillis par une odeur suffocante, mélange de suie et de sueur animale, à laquelle se mêlent des effluves de sang et de stupre, ainsi que d’autres relents douceâtres et indéfinissables…
L’odeur de la mort…
Des images de corps boursoufflés pourrissant dans les trous d’obus pleins d’eau des Ardennes reviennent en mémoire d’O’Rourke….
Se bouchant le nez, il révèle à la lueur de sa lampe-torche, une vaste cave au plafond en voûte. Le long des murs suintant d’une humidité grasse, graffités de symboles sinistres, s’alignent des tams-tams tendus de peaux dont la couleur brune paraît plus que suspecte. Les tâches sombres encore fraîches au sol et les lanières de cuir gorgées de sang pendouillant des deux madriers ancrés dans le sol ne laissent guère planer le doute quant aux pratiques révoltantes venant juste d’avoir lieu dans cet endroit impie. Sur la droite, un palan de fortune semble permettre de soulever une lourde dalle circulaire condamnant un puit.
La gorge serrée, revolver et lampe en avant, le détective avance vers les tentures occultant une petite alcôve. Ecartant les rideaux, il sursaute d’horreur en découvrant trois cadavres horriblement mutilés, un blanc et deux noirs, accrochés aux murs de la sacristie blasphématoire. Embaumés dans on ne sait quel atroce dessein, tous portent néanmoins les marques des sévices abominables leur ayant été infligés, le front déchiré par la marque de la Langue Sanglante, le ventre ouvert dévoilant des viscères desséchées et racornies. Réprimant un haut-le-coeur, il avise une longue cape cérémonielle ornée de plumes bariolées, ainsi qu’une peau de léopard recouvrant plusieurs objets rituels dont ce qui semble être un livre et un masque africain.
Alors qu’il s’apprête à vérifier si il ne s’agirait pas par hasard de celui volé chez les Russell, dans une infecte parodie de vie, les cadavres s’animent et laissent échapper un râle écoeurant, leurs ongles griffus tendus dans un geste exprimant une avidité dévorante. Pensant un instant voir Jackson Elias vomi par la tombe, Finley défaille et pris de panique, se rue à l’extérieur. Une des horreurs parvient à planter ses dents dans le cou de l’irlandais, le mordant jusqu’au sang comme une bête vorace. Les repoussant avec l’énergie du desespoir, tentant héroiquement de couvrir la fuite de ses compagnons, il réalise avec effroi que les balles de son revolver ne parviennent pas à repousser ces abominations titubantes.
Comment tuer ce qui est déjà mort ?
C’est de justesse qu’il parvient à s’extraire de la trappe sans se faire mettre en pièces. Sanger conserve assez de présence d’esprit pour l’aider à bloquer la trappe à l’aide du comptoir puis pour mettre le feu. Le trio détale vers la voiture alors que les flammes commencent déjà à dévorer la Boutique JuJu.

De retour à l’hôtel, ébranlés dans leurs convictions, ils essaient de rationnaliser ce qui ne saurait l’être. Le  détective s’inquiète de la cruelle morsure infligée par un des cadavres de la boutqiue JuJu. Il confie à demi-mot qu’il avait déjà entendu parler de ce genre de choses alors qu’il servait comme brancardier dans les Ardennes en 1918. Lorsque les autres l’encouragent à en dire plus, l’irlandais, après avoir laissé échapper qu’il savait plus que quiconque que la mort n’était pas forcément aussi définitive qu’on le croit, s’enferme dans un silence plein de sous-entendu. Le sommeil ne viendra que lorsque le petit jour blafard aura eu raison des terreurs de la nuit.

Samedi 24 janvier Lundi 26 janvier