Ce manuscrit est l’unique exemplaire du journal de Montgomery Crompton, un artiste anglais, passablement opiomane et dérangé, arrivé en Egypte en 1805.

Le journal décrit initialement ses pérégrinations à la recherche d’une inspiration régénératrice qui lui permettrait de transcender son art et d’oublier son expérience à la guerre. Crompton s’y épanche en décrivant dans un style grandiloquent ses nuits de débauche, se perdant dans les bras de beautés arabes et les volutes des narghilés, ses errances au pied des antiques pyramides ou dans les odeurs épicées et les couleurs chatoyantes du dédale de la vieille ville du Caire. Dans les anciens parchemins des antiquaires du souk, il s’abreuve des légendes d’antan et il est frappé par la figure du Pharaon Noir, un mystérieux personnage au vaste savoir occulte venu de l’antique Irem, la Cité des Piliers, perdue dans les sables du désert.

Il explore fiévreusement les ruines de l’Egypte antique, étudiant les fresques hiéroglyphiques et les visages hiératiques des souverains de jadis à la recherche de signes. Il entend des rumeurs évoquant l’existence d’une société secrète initiatique, la Confrérie du Pharaon Noir, ayant pour symbole une ankh inversée et perpétuant les enseignements mystiques de l’énigmatique figure en oeuvrant à son retour.

S’abîmant dans les rêveries du haschisch, Crompton imagine pouvoir plonger dans une hypothétique mémoire ancestrale, finissant par se persuader d’être la réincarnation du Pharaon Noir, dévolu à un destin divin. Il s’épuise à en chercher la trace et devient de plus en plus incohérent, à mesure qu’il se consume dans sa quête, sombrant peu à peu dans la folie.

A la fin du journal, il devient très difficile de démêler fantasmes et réalité, Crompton étant en proie à un délire permanent, ne sachant plus lui-même si les meurtres qu’il se voit accomplir, plantant son gourdin hérissé d’une pointe dans le coeur de victimes hurlantes, les cryptes étranges à la ténébreuse beauté et les gardiens inhumains devant lesquels il se prosterne sont réels ou seulement les échos des songes ténébreux qui ne cessent de le hanter. Le journal est inachevé alors que Montgomery Crompton perd définitivement la raison dans ses divagations messianiques, estimant devoir désormais aller répandre la parole du Pharaon Noir en Angleterre…

O’Rourke réalisera à Dhashûr, qu’un passage du manuscrit évoque précisément la Pyramide Penchée et la Salle secrète du Trône de Nyarlathotep :

« Ses angles étaient magnifiques et forts étranges. J’étais enchanté et ensorcelé par leur hideuse beauté et je pendais à ces fous du monde extérieur qui n’y voyaient qu’une erreur dans l’agencement de ce lieu. Je riais de la gloire qu’ils manquaient…Quand les six lumières furent allumées et les Mots prononcés, Il arriva, nimbé de la grâce et la splendeur des Plans Supérieurs et je n’aspirais plus qu’à m’ouvrir les veines afin que ma vie se fonde dans son Être, et que je devienne, pour une part, un Dieu... »