Mickey mahoney

Avec ses bureaux exigus situés non loin de Ludgate Circus, dans un immeuble miteux de Fleet Street, la rue des journaux londoniens, « Le Scoop » est un de ces tabloids racoleurs, que les membres de la bonne société qualifieraient de « presse de caniveau » si tant est qu’ils s’abaissent à en mentionner l’existence.

Prospérant sur les faits divers sordides et crimes crapuleux qui régalent un lectorat des plus populaires, le journal est dirigé par Mickey Mahoney, le cigare perpétuellement vissé au coin de la bouche, sous sa moustache rousse, un robuste quadragénaire bon vivant, débraillé et un brin dégarni, dont la gouaille le dispute à un cynisme typiquement irlandais toutefois saupoudré d’un pragmatisme très britannique.

Malgré le cessez-le-feu de 1923 , la volonté affichée de Eamon DeValera de déposer les armes, et le remplacement de Lloyd George par Baldwin au poste de Premier Ministre, Mahoney reste, au delà de son intérêt affiché pour les faits divers sensationnels et sanguinolents faisant son fonds de commerce, un patriote dans l’âme, inquiet du devenir de l’Irlande. Par conséquent, c’est tout naturellement qu’il témoigne une certaine sympathie à l’encontre de O’Rourke, l’amenant à aborder assez rapidement le sujet d’Elias. Il est clair que bien que ses condoléances soient sincères, Mahoney regrette certainement ne pas avoir eu le fin mot de l’affaire aux relents de scandale qui obsédait l’américain tourmenté.