Peintre maudit hanté par des visions de cauchemar

Miles Shipley le peintre

Vivant reclus dans la mansarde obscure de la petite maison insalubre et sinistre de sa vieille mère Bertha Shipley au 6, Holbein Mews, non loin de Covent Garden, Miles Shipley est l’archétype même de l’artiste maudit. Tous deux vivent de la vente plus que ponctuelle de ses toiles plus qu’avant-gardistes. La clientèle est en effet rare pour ce genre de tableaux scandaleux, à l’exception de quelques collectionneurs aux goûts décadents au nombre desquels, s’il faut en croire Miles Shipley, a figuré le sulfureux et pervers Aleister Crowley.

Grand et voûté, sous ses cheveux gras  blond-filasse , on ne peut qu’être dérangé par son regard fuyant et son visage agité en permanence de tics nerveux lui conférant un aspect inquiétant. Shipley ne semble pas toujours conscient de ce qui l’entoure ni même des gens auxquels il s’adresse en bégayant. Il semble totalement acquis à l’autorité protectrice voire étouffante de sa mère septuagénaire et ne s’anime vraiment que lorsqu’il évoque ses visions et sa peinture. Il se laisse alors emporter dans des tirades éructantes, ponctuées de bégaiements et de postillons, expliquant qu’il est entièrement autodidacte, méprisant le classicisme formaté des cours de peinture académiques, uniquement inspiré par les atroces visions lui dérobant le sommeil, nuit après nuit, depûis plusieurs années. On pourrait sans peine mettre ses délires sur le compte d’un abus d’absinthe ou d’opiacés, tant il est évident que l’homme est fou à lier. A moins que tel les expressionnistes Munch ou Otto Dix, ses angoisses tirent leur origine dans l’enfer de la Grande Guerre, Shipley semblant penser que les vrais monstres ne sont pas taBertha Shipley mèrent les obscénités couchées sur ses toiles que les parodies d’êtres humains brisées et défigurées qui hantent les rues de la capitale.

Son oeuvre est un mélange hétéroclite de scènes abominables dépeignant sabbats impies, rites obscurs et orgies cannibales, de paysages hallucinés tels que ruines antédiluviennes englouties dans les abysses insondables, architectures cyclopéennes perdues dans les sables anciens ou cités inhumaines à jamais ensevelies sous les glaces immémoriales. Le spectateur sous l’emprise d’une fascination morbide y découvre un répugnant bestiaire aussi disparate et révoltant que celui des tableaux de Hieronymus Bosch. Ce qui frappe est la suffocante impression de réalisme qui se dégage de ses toiles obscènes.