Epicier arabe de Soho au sérieux imperturbableAl Sayed

En franchissant le seuil de la petite boutique de Tewfik Al-Sayed, une fois passé le rideau de perles de bois occultant l’entrée et fait sonner le carillon de cuivre martelé, le client a immédiatement le sentiment d’avoir fait un voyage de plusieurs milliers de miles pour se retrouver quelque part au find-fond de la medina du Caire. Marchant sur d’épais tapis aux motifs chatoyants bien qu’aux teintes passées par le temps, il découvre, s’alignant du sol au plafond dans de petits casiers de bois, des rangées de bocaux de fer marquées d’étiquettes tantôt en anglais, tantôt en arabe, exhalant un mélange entêtant d’épices diverses. Senteurs poivrées auxquelles se mêlent la force du piment, l’or du curry ou du safran, la subtilité de la cardamome ou de la coriandre, la cannelle ou le cumin…Sans jamais se départir d’une solennité quasi-cérémonielle tel un prêtre exhortant à se convertir au culte des sens, Tewfik Al-Sayed officie avec courtoisie dans un anglais teinté d’accent arabe, invitant le client à goûter son savoureux thé à la menthe tout en mettant en garde le néophyte qui en abuserait s’il tient à son sommeil. Plutôt petit et trappu, l’homme porte le fez et la djellaba par dessus laquelle un manteau de laine rappelle tout à coup l’humide sournoiserie de l’hiver londonien. Il évoque facilement les jours où il servait de guide à la Fondation Penhew, soulignant avec fierté avoir même parlé un jour avec Sir Aubrey, un grand homme qui aimait sincèrement l’Egypte. L’épicier avoue regretter cette Egypte qu’il compte rejoindre afin d’y couler ses vieux jours, si telle est la volonté d’Allah. Interrogé sur le Pharaon Noir, Al-Sayed se souvient avoir été questionné à ce sujet par un gentleman de la police londonienne et se borne à à expliquer avec sérieux qu’il s’agit selon lui d’un personnage de légende, une sorte de croquemitaine qui aura peut être en son temps inspiré quelque secte anti-britannique nourrissant son nationalisme dans l’exhumation d’un passé glorieux mais impie au yeux de l’épicier musulman.
Les rumeurs le liant à de mystérieuses disparitions pousseront les Investigateurs à mener une visite nocturne de sa boutique. A cette occasion, le débonnaire épicier se révelera être en fait un membre important de la Confrérie du Pharaon Noir, détenteur d’une redoutable sorcellerie égyptienne, poussant William O’Rourke à le tuer de sang-froid afin de mettre un terme à la menace qu’il représente.