O’Rourke décide de surveiller la Fondation Penhew et repère des individus basanés et patibulaires, d’allure orientale, chargeant une grande caisse en bois dans un camion. l’Irlandais suit le véhicule jusqu’à un entrepôt miteux sur les docks de Limehouse, l’un des quartiers les plus mal famés de Londres, bastion de tout ce que l’Empire Britannique peut compter d’étrangers inquiétants alimentant les romans à sensations évoquant trafiquants d’opium et impitoyables seigneurs du crime chinois. Grimpant en catimini sur le toit de l’entrepôt, il attend la nuit pour se faufiler à l’intérieur, à la faveur de l’obscurité afin d’ouvrir la porte arrière pour ses compagnons. L’alerte est malheureusement donnée, contraignant le petit groupe à se défendre contre des vigiles d’origine indienne ou pakistanaise. Au cours de la rixe, le détective est blessé au bras par un coup de fusil, heureusement sans trop de gravité. Curieusement, après une fouille sommaire, aucun des soudards ne semble arborer de quelconque signe lié à la Confrérie.
Fouillant rapidement l’entrepôt, ils découvrent que la caisse chargée à Bloomsbury, adressée à un mystérieux Mr Ho Fong , 15 Kaoyang Road, Shanghaï, contient d’étranges pièces indubitablement mécaniques. Les plaques de tôles, entretoises et autres rivets, bien que défiant toute analyse quant à leur fonction exacte, sont toutes mystérieusement ornées de motifs aux allures damasquinées, vaguement ésotériques. D’autres caisses provenant de Chine s’avèrent contenir des sachets d’opium dissimulés dans des doubles fonds. Contraints de détaler avant l’arrivée de renforts ou de policiers, les américains décident, une fois les premiers soins administrés à O’Rourke, de filer directement à Bloomsbury, à la Fondation Penhew craignant d’avoir mis un coup de pied dans une inquiétante fourmilière.

Crochetant la serrure de la porte arrière de la Fondation, ils se font vite remarquer par le veilleur de nuit. Une fois de plus, un coup de feu est tiré, mais cette fois-ci l’irlandais est atteint d’une balle en pleine poitrine, ne devant la vie sauve qu’au sang froid du Dr Simons qui parvient à endiguer l’hémorragie, une fois le gardien neutralisé par Mary Sanger qui parvient à lui arracher son pistolet.
Jouant contre la montre, Finley et Mary Sanger inspectent la cave et la chaufferie, réalisant au vu de certains raccords de maçonnerie qu’il doit exister une pièce secrète en sous-sol.
Fouillant le bureau de Gavigan, Mary découvre une porte dérobée accédant à une remise contenant divers cartons et un vieux sarcophage de pierre. Subodorant que si Gavigan s’est doté d’un moyen de rentrer dans cette pièce à l’insu du personnel c’est que l’accès à la pièce secrète doit s’y trouver, ils inspectent minutieusement le sarcophage, révèlant un mécanisme dévoilant une volée de marche.
En contrebas, ils découvrent avec surprise une sorte de bureau caché recelant des provisions, une valise et des vêtements de rechange mais également de faux passeports, tous à l’effigie de Gavigan, ainsi que 250 £ et même une arme à feu.
Mais ce n’est pas tout, car à ce fatras digne d’un roman d’espionnage s’ajoute un véritable musée: sur tous les murs s’alignent statues, mosaïques et fresques antiques, majoritairement egyptiennes, assyriennes et sumériennes. Toutes représentent des scènes que même l’érudit Finley n’a jamais croisées durant ses recherches, bien qu’il ne puisse par ailleurs contester leur troublante authenticité.
Se dévoile à leurs yeux un écoeurant bestiaire qu’aucun musée n’oserait présenter à ses visiteurs et qu’aucun conservateur n’a même pu contempler… S’y côtoient cruels démons de flammes immolant des multitudes d’esclaves sacrifiés au cours de rites inconnus de l’antique Sumer, prêtres égyptiens traitant avec d’infâmes parodies d’humains hantant des nécropoles oubliées, massives murailles assyriennes mises à bas par des myriades de colossales monstruosités serpentiformes jaillissant des entrailles de la terre ou encore nuées de choses volantes s’abattant sur des cités comme une vision déformée voire, idée ô combien dérangeante, la source originelle des mythes judeo-chrétiens des Plaies d’Egypte et autres Châtiments évoqués dans l’Ancien Testament…
Mais le plus troublant n’est-il pas que cette évocation des cauchemars des premières civilisations n’est pas sans rappeler les visions malsaines de Miles Shipley, le peintre dément ?
Dans un recoin de la pièce, deux caisses, clouées et prêtes à être expédiées, attirent leur attention. La plus petite des deux, destinée à la « Randolph Shipping Company » de Port Darwin, en Australie, contient une répugnante effigie en pierre bleutée de près de 40 cm de haut. Elle représente une sorte de démon octopoïde figé dans une attitude de malignité intense. S’en saisissant avec la ferme intention de la détruire, Mary est subitement en proie à une sensation de chaleur, associée à des picotements semblables à de l’électricité statique. Poussant un hurlement, elle lâche l’artéfact, qui bien entendu, se brise, au grand dam de l’historien Finley.
Ils ne sont pas au bout de leurs émotions car la seconde caisse, adressée quant à elle au mystérieux Mr Ho Fong, révèle une imposante statue de bronze manifestement chinoise, dont la finesse de la facture le dispute à la révulsion qu’elle inspire. Les dominant de ses deux mètres de haut, sa silhouette obscène et bouffie évoque une chinoise au visage caché dans l’ombre d’un chapeau traditionnel ne laissant entrevoir que des yeux exquis. Pourtant, de ses manches jaillissent non des mains mais de visqueux tentacules tenant un éventail afin de masquer le bas d’un visage dont on devine l’insoutenable inhumanité. Sa robe dissimule de malsaines protubérances, suggèrant des difformités révoltantes, tandis qu’à sa ceinture pendent six cruelles faucilles. La statue exude une malveillance sans bornes poussant les deux investigateurs à refermer prestement le couvercle, en réprimant un haut le coeur. Finley jette ensuite son dévolu sur une bibliothèque en noyer menaçant de crouler sous des ouvrages écrits dans toutes sortes de langues.
Parcourant fébrilement les rayonnages, il est notamment intrigué par deux d’entre eux. Les Fragments de G’harne et le Liber Ivonis. Le premier s’avère être une monographie en anglais, faisant curieusement écho aux ruines préhumaines de G’Harne mentionnées par Blackwell dans ses Sectes Secrètes d’Afrique, tandis que le second, un grimoire médiéval en latin, serait peut-être une version plus ancienne encore de l’inquiétant Livre d’Ivon dormant dans le coffre des Carlyle.
Le coeur battant devant tant de trésors archéologiques et historiques, Finley doit cependant se résoudre à ne prendre que ce qu’il peut transporter. Il range précautionneusement dans la valise une série de parchemins principalement en arabe, latin et hiéroglyphes égyptiens, tous d’authentiques antiquités, ainsi que de deux autres livres en anglais. L’un est vraisemblablement un ouvrage liturgique impie, tandis que l’autre, intitulé Ye Booke of Comunicacions With Ye Angel Dzyon, pourrait avoir un lien avec les Stances de Dzyan. Cet ouvrage serait si l’on en croit les milieux occultes un leg de l’Atlantide dont les théosophes, disciples d’Helena Blavatsky, auraient tiré leur savoir esotérique.
Une fois leur forfait accompli, Sanger s’empresse d’amener l’automobile, Finley et Simons chargeant précautionneusement le détective blessé à l’arrière.
A la faveur du fog londonien, les investigateurs ébranlés regagnent en toute hâte leur nouvelle pension de Hampstead, dans le nord de Londres, afin de se reposer et de méditer sur toutes les interrogations suscitées par leurs récentes découvertes…

Lundi 23 février – dimanche 1er mars 1925