Description :

Un manuscrit relié en cuir de 45cm sur 29cm, légèrement endommagé par des tâches brunâtres et présentant occasionnellement des pages de taille irrégulière. Il ne comporte ni titre ni nom d’auteur mais un frontispice l’identifie comme Le Recueil des Entretiens avec l’Ange Dzyon (Ye Booke of Comunicacions With the Angel Dzyon). Le manuscrit comporte des textes en anglais archaïque mais également de longues successions de symboles énochéens, le soi-disant alphabet atlante, ainsi que des notes en marge apparemment en grec. Un bon historien ou antiquaire peut dater l’ouvrage est de facture anglaise, de la fin du XVIème siècle. Si l’on en croit Mr Sedgewick-Pendergroves, l’ouvrage pourrait avoir fait partie de la collection personnelle d’Arthur Dee, un médecin et alchimiste ayant servi à la cour de Michel I de Russie et de Charles I d’Angleterre, fils du célèbre « Docteur » John Dee, le mathématicien, astrologue et sorcier élisabéthain. Des rumeurs relatives à ce dernier font justement état d’expériences de visions à distance et de contact avec des esprits angéliques. Bien que les méthodes décrites dans le présent ouvrage correspondent à celles décrites par Dee, le contenu en est très différent.

Lecture superficielle :

Le livre est un recueil désordonné de ce qui ne peut qu’être décrit, faute de terme plus approprié, que comme des séances entre un médium anonyme et un « esprit angélique » identifié sous le nom de Dzyon ou Dzyan, selon les passages. Ces sessions sont censées transmettre la sagesse d’une sorte d’archange du nom de Cehuti.  Cet enseignement est un mélange d’histoire mythique, de considérations sur la loi et la magie des anges, de digressions cabalistiques confuses et d’allusions au cheminement initiatique permettant à l’homme d’accéder à un statut divin.

Les pages formant le texte semblent avoir été compilées et organisées selon un axe  thématique et non chronologique. Certaines portions en symboles non-anglais semblent avoir été écrites à la même époque que le corps du texte mais par une main différente. Le contenu est confus et recèle de nombreuses contradictions. Alors que certaines portions du texte paraissent être des traductions des deux types de codes utilisés, d’autres passages demeurent non-traduits. Certains chapitres, notamment ceux relatifs aux incantations, sont lourdement annotés en grec dans les marges.

Il est notoire au sein des cercles d’occultisme, qu’il existerait un Livre de Dzyan, réceptacle de la sagesse perdue de l’Atlantide, transmise à certains médiums humains par l’entremise de « guides spirituels », au nombre desquels la fondatrice du mouvement Théosophe Helena Blavatsky qui en fait part dans sa Doctrine Secrète.

Le livre contient plusieurs rituels permettant d’invoquer l’aide de trois esprits angéliques aux noms cryptiques : L’Enfant des Bois, l’Esprit du Vent et Celui Qui Marche Dans Le Néant. Un dernier rituel, Songes de l’Archange, permet d’établir un lien spirituel avec l’archange Cehuti  lui-même.

Etude approfondie

Une bonne partie de l’ouvrage représente un écueil majeur pour celui qui tente d’en percer les secrets, mais peut être surmonté si l’on se réfère aux écrits de John Dee, contenant de précieuses notes de traduction de l’Enochéen, censé être la langue des anges. Cet ouvrage n’a en fait aucune ressemblance avec Le Livre de Dzyan des théosophes fidèles d’Helena Blavatsky. Il révèle en fait les enseignements d’un « ange » du nom de Dzyon, qui initient le lecteur à divers mystères divins. L’ouvrage est organisé par thèmes, commençant par disserter sur les sociétés humaines « pré-adamites », dont l’Atlantide.

Il se poursuit par la descriptions détaillées d’une série d’incantations destinées à appeler diverses entités surnaturelles, incluant les « Saules de Cybèle » ou Enfants des Bois (qui sembleraient être des sortes de Dryades), « le Marcheur Invisible » également mentionné sous le nom de « Celui Qui Marche Dans le Néant » et « L’Aile Sombre  des Anemoi« ( les divinités grecques des vents). Chacune des rituels requiert un certain nombre d’ingrédients matériels (sacrifices animaux, couteaux, sifflets…) et des chants précis.

« …Dès lors que le chant est accompli sous le ciel hivernal, l’Aile Sombre des Anemoi viendra à Toi, pratiquant initié. Sache que de charogne Elle fait pitance et devra être rassasiée  avant d’oeuvrer à tes desseins. D’une telle engeance les appétits peuvent être assouvis avec la simple dépouille d’un enfant mais  fort retors est ce serviteur qui souvent réclamera davantage. Ne sois pas le jouet d’atermoiements et accéde de bonne foye à ses caprices, car il est connu que pareille beste peut s’emparer de l’invocateur peu vigilant afin de l’emporter vers le néant dès lors qu’en grand courroux. Prenant son essor repue, Elle pourra dès lors être d’une grande assistance pour toi, magicien subtil, et pourra voyager bien des lieues sans la moindre fatigue…« 

Une autre section expose une série incomplète de rituels permettant d’établir un contact avec les anges, dont Dzyon, qui constitueraient une partie du cheminement initiatique visant à entrer en contact avec la déité suprême.

La dernière partie, apparemment endommagée par le feu, détaille un rite pour entrer en contact avec « Le Dieu Qui Songe« . un commentaire en grec accompagnant ce passage émet des mises en garde très claires sur les dangers inhérents à l’accomplissement de ce dernier rituel.

« …Sois vigilant, je t’en conjure ! Celui Qui Sommeille est un esprit des plus profondes ténèbres. Ne fais point appel à Lui car le prix d’une telle requête excède de loin les récompenses qu’Il accorde. Sache qu’à moins de vouloir éveiller le courroux de ce qui réside dans le sépulcre  de l’océan et dont le simple pas fait trembler la roche elle-même, tu accompliras ces rites à tes risques et périls. Ecoute les paroles de celui qui a plus que souffert de ce qu’il a contemplé tant son avidité dépassait sa sagesse. Mes songes en sont encore horriblement troublés, bien que nombre d’années se soient écoulées depuis pareille folie, et j’ai grande peur que Son Oeil soit encore sur moi… »

L’auteur ne fait aucun réel effort pour établir une correspondance entre les enseignements de Dzyon et la cosmologie chrétienne classique, d’où un ensemble confus et troublant. Même l’auteur estime parfois les paroles de Dzyon comme froides et inhumaines. La partie concernant les rituels est à cet égard la plus dérangeante.