Cairo 1922 view of the city from the southeast

cairoAu milieu des années 20, Le Caire est la plus grande ville d’Afrique et l’une des plus grandes villes du monde, forte de 850 000 habitants, dont un dixième d’étrangers. La capitale égyptienne attire déjà de nombreux touristes en quête d’aventure et d’exotisme. L’Egypte bénéficie sur la scène internationale de l’intérêt suscité par les merveilles de la civilisation pharaonique qu’exhument les nombreuses expéditions archéologiques, intérêt encore accru depuis la découverte de la Tombe de Toutânkhamon par Howard Carter en 1922, malgré les rumeurs de malédiction.

L’Egypte est pourtant agitée de par de nombreux assassinats politiques et émeutes qui défrayent régulièrement la chronique. Le pays est en train de s’affranchir de la tutelle occidentale et du protectorat britannique, depuis l’autonomie et l’accession au pouvoir du Roi Fouad. A la fois chaotique et séduisante, la ville du Caire répond à toutes les attentes, tous les fantasmes pour celui qui vient y chercher le frissons sensuel des Mille et Une Nuits: chaque rue du plus grand souk du monde semble s’enorgueillir d’un conteur, d’un barbier ou d’un charmeur de serpent. La richesse du patrimoine antique côtoie également une affreuse pauvreté, avec ses légions de manchots, culs-de-jatte, mendiants défigurés, bossus, affligés de rachitisme, syphilis ou lèpre.

Le Quartier d’Ezbekiya avec ses huit hectares de jardins servent de point de ralliement à la communauté des expatriés. On y trouve donc le Consulat Américain, la shepheard_hotel._cairo_egypt._1920-1933Poste centrale, la Bourse mais aussi la plupart des cafés, restaurants tels le Celestino, le Flasch, le El-Hati ou la Brasserie du Nil et les grands hôtels occidentaux comme que le Shepheard’s Hotel, le Semiramis, le Continental Savoy ou encore le Victoria & New Khedivial. Les distractions ne manquent pas, que ce soit les cinémas, les salles de théâtre ou de concert ainsi que de nombreux clubs privés fréquentés par la haute société cairote comme le Muhammad Ali Club, le Royal Automobile Club ou encore le Gezireh Sporting Club.

Khan-el-Khalili-Cairo-1920
Le bazar de Khân el-Khalili, fondé par Gharkas El-Khalili en 1400, est un labyrinthe de rues et d’innombrable allées et venelles transversales. Laa plupart des voies sont couvertes pour protéger les marchands et les chalands du soleil, et l’activité commence d
ès l’aube pour se poursuivre bien après le crépuscule. Les étalages regorgent de mauvais produits destinés aux hordes de touristes; faux papyrus, cartes postales et autres répliques des pyramides. L’oeil y est en permanence attiré par les couleurs éclatantes: bracelets porte-bonheur plaqué-or, objets de cuivre importés d’Inde ou de Grèce mais vendus comme produits de l’artisanat local. La plupart des antiquités proposées ici sont de simples contrefaçons, ce qui n’empêche pas les prix d’être largement supérieurs à ceux pratiqués ailleurs pour des articles authentiques.

En suivant lamuski_street._cairo_egypt._1900-1920 Sharia Muski vers l’est à partir de l’Ezbekiya, on pénètre dans la partie médiévale du Caire, s’étendant du nord au sud de l’avenue de la Reine Nazil à la Place Mehemet Ali et d’ouest en est de la Sharia Khalig El-Masri au Mur de Saladin. Il s’agit d’un quartier de marchés et d’échoppes surmontées d’habitation étriquées.

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Les rues y sont étroites et tortueuses, avec d’occasionnelles voies larges traversant le secteur. La plupart sont trop étroites pour  que des véhicules y circulent. On n’y voit que des piétons et parfois un âne ou une mule incroyablement chargés, fendant nonchalamment la foule compacte. Les boutiques débordent sur la chaussée, les articles occupant bien plus de place que ne peuvent en accueillir les locaux exigus. Les étages des maisons en surplomb plongent les ruelles dans une ombre constante, et dans les parties les plus pauvres, il n’est pas rare que l’on jette les eaux usées par les fenêtres. Les toits des maisons sont plats, si bien que pendant les chaudes nuits d’été, les habitants viennent y chercher la fraicheur pour y dormir. Les fenêtres des étages supérieurs sont occultées par des mashraba, les fameux moucharabiehs ces treillis de bois finement sculptés conçus pour que les femmes des harems, qui existent toujours dans ces quartiers, ne puissent ni voir la rue, ni en être vues. Des commerçants viennent attendre sous ces fenêtres que des paniers leurs soient descendus afin que les femmes puissent examiner les denrées afin de déterminer si elles leurs conviennent. En ce cas, de l’argent prend alors leur place dans les paniers avant qu’ils ne soient redescendus. La somme ne convenant pas toujours, de pittoresques disputes ne sont pas rares.

IMG_0779Ce quartier est le coeur véritable du Caire, qui permet au voyageur  de profiter de tout ce que la ville a à offrir: on y trouve les différents bazars et les artisans, marchands d’épices et vendeurs d’animaux, antiquaires et marchands d’armes, charmeurs de serpents et porteurs d’eau… Des mosquées se dressent pratiquement à chaque coin de rue, et les cris des mendiants sont ponctuées cinq fois par jour par les appels à la prière des muezzins depuis le haut des minaretsC’est enfin un quartier de savoir, accueillant une des plus vieilles universités du monde, l’Université Al-Azhar.

Cairo-citadel

La Citadelle du Caire, bâtie par les turcs seldjoukides ayant restauré l’orthodoxie islamique, a résisté aux assauts des Croisés et à de nombreuses tentatives d’invasion, avant de tomber aux mains des Ottomans en 1517. Chaque jour à midi retentit un coup de canon tiré depuis les collines derrière la citadelle. Elle est perchée sur un piton rocheux dominant l’angle sud-est de la ville. Derrière, les falaises du Moqattam s’élèvent bien au-dessus de ses murs et au-delà de ces hauteurs, les tombeaux des mamelouks s’étendent jusqu’au coeur du désert. La Citadelle abrite la Mosquée Suliman Pacha, la Mosquée Mehemet Ali et la Mosquée du Sultan El-Nasir.