Timothy Sedgewick Pendergroves

Difficile d’imaginer sous le visage mal rasé et amaigri du prisonnier délivré des cachots de la Maison Misr, Mr Sedgewick-Pendegroves,  respectable quadragénaire et antiquaire spécialisé dans l’acquisition et la vente de livres anciens aux allures surrannées de dandy victorien.

 » Chasseur d’ouvrages », tel est l’étrange vocable par lequel il désigne son activité, d’ordinaire tranquille, consistant essentiellement à fréquenter les salles d’enchères et les collections privées lors de successions à la recherche de livres précieux pour des collectionneurs fortunés. Une bonne partie de son temps est consacrée à traquer les références aux livres convoités dans des journaux anciens, ou encore en arpentant diverse rayons de bibliothèques poussiéreux.

Malheureusement pour lui, une de ses dernières « proies » était le « Liber Ivonis« , censé être le grimoire d’un sorcier hyperboréen du nom d’Ivon ou Eibon dont il avait croisé une référence dans « The Life of the Late Lord Philip Nicholas of Harwich », biographie par ailleurs anodine d’un aristocrate de l’Essex tué durant le siège de Pondichéry en 1748. Il y est fait mention d’un certain Orin Planter, qui fit l’acquisition de ce manuscrit médiéval. Planter était une figure mineure dans les cercles occultes de Swedenborg et grand-père de Nicholas Planter, médium et spirite. Des recherches poussées lui permirent d’apprendre qu’une branche de cette famille possédaient des terres dans le Comté d’Essex, notamment la Maison Misr ainsi nommée par Maurice Planter qui était féru d’égyptologie. Or le domaine Misr ainsi que tout le mobilier, y compris l’importante bibliothèque familiale, fut cédée lors d’une enchère et devint la propriété d’un certain Edward Gavigan. C’est ainsi que le bibliophile parti fureter du côté d’Harwich, où il est probable que ses questions  tombèrent dans les oreilles de membres de la congrégation du Pharaon Noir, les poussant à l’enlever et à le jeter dans les geôles sous le manoir croupissant. Là, il fut soumis aux questions d’Edward Gavigan, qui étrangement ne le sacrifia pas lors des deux ou trois rituels qui suivirent sa capture.

Peut être Sedgwick-Pendergroves doit-il la vie au fait que la secte espérait lui soutirer des informations concernant des ouvrages occultes qu’il aurait revendu à divers clients au cours des dernières années? A moins qu’il n’y ait eu d’autres motifs qu’une volonté sadique à briser l’occultiste trop curieux.

Toujours est-il que l’homme n’a pas assez de mots pour remercier Simons et Finley pour l’avoir sauvé des griffes d’une secte qui pourrait fort bien retrouver sa trace. Lorsque les Investigateurs se mettent au vert pendant la convalescence de Mary, l’antiquaire choisit de quitter Londres pour un moment afin de se mettre en sécurité.  C’est avec son aide que le professeur Finley a pu disposer d’une traduction des passages les plus cryptiques du Livre de Dzyan, notamment les segments rédigés en Senzar et en Enochéen.