Marchand de souvenirs hanté par celui de l’Expédition CarlyleFaraz najir

En entrant dans la petite échoppe encombrée de souvenirs , seul le touriste naïf se fera attraper par les médiocres reproductions de fragments de fresques soi-disant antiques. L’égyptologue en herbe se contentera de se rabattre sur les mauvaises cartes postales des Pyramides, du Sphinx, de Louxor ou Karnak, ou mieux encore, rebroussera chemin et ressortira dans la touffeur poussiéreuse de la Rue des Potiers. C’est surement à ce moment là que surgira de l’ombre une silhouette trapue, au pas trainant, enturbannée et drapée d’une djellaba à l’odeur âcre de sueur. Dans un anglais copieusement épicé d’accent cairote, plus  sirupeux qu’un plateau de basboussa , Faraz Najir accostera le chaland en le regardant étrangement de biais tout en restant constamment en retrait dans la pénombre, vantant la qualité de ses marchandises et ses prix défiant toute concurrence, tout en complimentant ses clients pour leur discernement en venant ici au lieu de se faire escroquer chez les hâbleurs de la Rue des Echelles.

Pourtant, les investigateurs américains découvrent une toute autre facette du personnage. A la mention du nom de Roger Carlyle, le boutiquier s’emporte en invectives dont même le plus profane d’entre eux en langue arabe n’a guère de mal à saisir la virulence, tout en reculant devant le cimeterre à l’aspect bien trop authentique en comparaison des bibelots de pacotille s’entassant ça et là.  A ce moment là, oubliant toute retenue dans sa colère mâtinée de peur, l’égyptien révèle son visage atrocement défiguré. La rumeur courant dans la Vieille Ville prétend qu’il y a cinq ou six ans de cela, un monstrueux Ifrit serait descendu du ciel pour incendier son  ancienne boutique de la Rue des Chacals, un lieu depuis considéré comme maudit par les riverains. Forcés de fuir pour éviter de se faire lyncher par la foule rameutée par ses cris, les américains se promettent de lui faire rengorger ses menaces.

Pourtant, une fois leur colère retombée, quelques jours plus tard, ils parviennent à le radoucir en lui faisant miroiter une coquette somme d’argent. Le marchand devenu fort pieux leur donne rendez-vous à la mosquée El-Hussein où il leur révèle la nature des artéfacts cédés à Roger Carlyle par l’entremise de son agent, un français du nom d’Auguste Loret. Tremblant tout en palpant ses 150 livres égyptiennes, il les met en garde contre le redoutable Omar Shakti, grand prêtre de la Confrérie du Pharaon Noir à la longévité et aux pouvoirs surnaturels considérables, dont le nom fait trembler même les âmes les plus endurcies de la pègre cairote.