Achmed ZehaviNazir de la Mosquée d’Ibn Tulun

Pour le visiteur étranger qui serait admis à pénétrer l’enceinte de la plus ancienne des nombreuses mosquées du Caire, passer le barrage poli d’un des doctes ulémas afin d’obtenir une audience avec le nazir n’est pas chose facile.

Il est de fait surpris lorsque s’attendant à voir un personnage important, auréolé d’une certaine pompe, il se retrouve en présence d’un vénérable vieillard enturbanné qui ne déparerait pas entouré d’un troupeau de chèvres, tant sa tenue respire l’austérité et la sobriété.

Souligné par une barbe neigeuse, son visage buriné par les ans, à la peau usée, parait patiné comme un vieux cuir. Achmed Zehavi ressemble à une antique sculpture que l’on aurait laissée dans le desert, à la merci du sirrocco, et l’on devine derrière le masque impassible, raviné par une vie de piété et de dénuement, une autorité tranquille.

Pourtant, on décélera également dans son regard sombre une pointe d’inquiétude et de vigilance, comme si il sondait tout à la fois son interlocuteur et les alentours, prudence tout à fait compréhensible lorsque l’on sait quelle charge est secrètement la sienne.

La circonspection du vieil érudit face aux infidèles américains, cède peu à peu la place à une curiosité méfiante. À l’issue d’une longue discussion témoignant de l’art rhétorique de l’homme de foi, les arguments des étrangers étayés de leurs évidentes connaissances de sujets connus de bien peu de gens achèvent de le convaincre qu’il n’a pas affaire à de vulgaires touristes. Sa foi inébranlable en l’Islam et la confiance qu’il porte en Nessim Efti et ses ulémas ne semblent pas laisser la place au doute face aux machinations de la Confrérie.

Pourtant les évènements tragique survenant dans la nuit du 16 au 17 mai lui donneront tort. Le bâtiment abritant la crypte s’écroule suite à un affaissement du sous-sol, enrainant la mort de Nessim Efti et de sa garde. Quant à Zehavi, il reste prostré en état de choc. Nul doute que le vieux nazir a vu quelque chose de si abominable à Ibn Tulun que le rempart de sa foi à cédé…