Epave hantée par ses cauchemars perdue dans les vapeurs du haschischLoret

Croirait-on en le voyant, empestant et ronflant sur un matelas qu’il partage avec les punaises, dans la crasse et le dénuement affligeant d’une chambre du souk, qu’Auguste Loret était il y a encore cinq ans de cela un homme nageant avec un sens des affaires affûté dans les eaux troubles de la capitale égyptienne?

A l’époque, il offrait ses services à de riches étrangers afin de faciliter leurs démarches légales ou plus discutables, servant notamment d’intermédiaire à des gens tels que Roger Carlyle pour faire sortir en contrebande de précieuses pièces d’antiquités égyptiennes.

A 35 ans, il en parait presque 60, et à en juger par la barbe hirsute et clairsemée rongeant comme une mauvaise gale son visage aux joues creusées et ses dents brunies et à demies déchaussées, il est évident que cet homme est mort depuis longtemps, s’émiettant lentement pour devenir une véritable épave ayant pactisé avec les démon narcotiques.

C’est seulement lorsque l’on évoque l’expédition Carlyle, que le français émerge de la torpeur du haschisch, le regard hagard et fuyant. Il relate alors, la bouche pâteuse d’un anglais mâtiné de français, les évènements effroyables survenus par cette nuit d’été 1919 où les membres de l’expédition Carlyle disparurent dans la Pyramide Penchée de Dhashûr, à l’exception de Jack Brady. Les visions de cauchemars auxquelles il fut alors confronté le firent basculer dans la démence… Ce n’est qu’au bout de plusieurs années de soins prodigués par la vieille Nyiti d’El Wasta qu’il parvint à revenir à un semblant de réalité, hanté par les souvenirs qu’il est obligé d’estomper en fumant force haschich et opium de peur de s’enfoncer à nouveau dans le gouffre où l’attendent les horreurs meurtrières vomies par le désert.