Ruine gargouillante gardant un lourd fardeauNyiti d'El Wasta

Perdue dans la rocaille, à une heure de marche du hameau d’El Wasta, se dresse une cahutte misérable où le temps semble s’être arrêté quelque part entre le Moyen Age et maintenant. C’est là que vit ou plutôt survit ce qui reste de Nyiti, gardée par les ruines de son fils Unba, dont la djellaba dissimule l’horreur de mutilations qu’il serait bien aisé d’attribuer à une attaque de crocodile.

S’il subsiste un semblant de raison dans ce corps brisé, la vieille femme n’a guère les moyens de le faire savoir. Comme un ignoble écrin pour son oeil mort, son visage raviné par l’âge, est ravagé par des brûlures atroces. Il semble que la peau et la chair aient fondu sous l’action de quelque fournaise si infernale que sa mâchoire inférieure a été totalement détruite, réduisant le bas de son visage à une masse de peau flasque pendouillant hideusement. Nyiti ne peut donc exprimer quoi que ce soit sinon d’infâmes gargouillements humides appuyés de gestes incompréhensibles car il ne lui reste en fait de mains que deux moignons rongés par les flammes.

Car pour son malheur, la vieille égyptienne a vu des choses qu’elles n’aurait pas du voir…

Peut être n’aurait-elle pas du aller fureter du côté de la Pyramide Rouge de Dhashûr, après avoir vu les membres de l’expédition Carlyle s’y rendre ?

Peut-être aurait-elle du ne pas céder à la charité et à la culpabilité en recueillant le français Auguste Loret, délirant dans le désert ?

Peut être même qu’elle eut mieux fait de ne pas conserver ce fragment de dalle antique orné d’un mystérieux symbole ?

Mais peut être enfin ces étrangers pleins de sollicitude annoncent-ils que l’heure est venue de s’en débarrasser pour enfin sombrer totalement dans la sénilité et attendre la délivrance de la mort ?