Après avoir réussi à mettre la main sur des bâtons de dynamite, les Investigateurs, vêtus d’amples djellabas et armés de fusils, reprirent leur planque à Gizeh, accompagnés de Gardner. Ce soir, le vent du désert enflait et le haboub annoncé depuis plusieurs jours par les vieux arabes arrivait enfin, tel un héraut prophétisant les sombres évènements de la nuit. Comme mue par un dessein funeste, la tempête de sable semblait se diriger droit sur le  Caire, isolant le site de Gizeh.

Peu de temps après, les américains aperçurent des torches convergeant vers le site. Une lente procession d’énigmatiques silhouettes en robes convergeait vers le Sphinx pour s’assembler autour de la stèle de Thoutmôsis. Aux vagissements du vent se joignirent bientôt des psalmodies lancinantes. Au terme d’une brève cérémonie, la stèle se mit à luire doucement et un à un, les membres de la sinistre congrégation disparurent, engloutis par la lumière. Une fois assurés qu’ils étaient désormais seuls, les américains s’approchèrent, armes au clair. Réajustant ses lorgnons tout en inspectant les fresques à la lueur de sa torche, Finley retrouva la phrase rituelle ouvrant la voie vers les catacombes enfouies sous les sables multi-millénaires. Passant la porte mystique, les quatre étrangers ressentirent une impression d’intense vertige et de dissociation, comme si l’espace d’un instant leurs consciences s’éparpillaient avant de retrouver sa cohésion.

Reprenant leurs esprits, ils découvrirent une chambre en impasse, taillée dans la roche d’où s’échappait un tunnel au sol inégal menant dans les ténèbres. Avançant prudemment, en inspectant les tunnels secondaires, ils choisirent de se cantonner au tunnel principal. Après un court périple dans l’obscurité stygienne, ils tombèrent sur de grotesques fresques au long desquelles se révélaient une horde d’horribles parodies du panthéon égyptien se livrant à d’obscènes pratiques sur des êtres humains. Avant d’avoir pu se livrer à davantage de conjectures, le Dr. Simons entendit un bruit de frôlement provenant des tunnels enténébrés. Alors que chacun empoignait ses armes, deux silhouettes pâles à la démarche saccadée jaillirent à la lumière des lampes.  Horrifiés, les investigateurs crurent un instant voir les figures hiératiques sortir des fresques. Les deux créatures grotesques étaient d’une maigreur cadavérique, leur peau livide tendue comme un vieux cuir parcouru de veines noirâtres. Plus atroce encore, chacune était affublée d’une tête bestiale, un félin à la gueule garnie de crocs acérés pour l’un,   un ibis au cruel bec recourbé pour l’autre. Ces abomination se jetèrent sur eux tendant vers eux leurs griffes avides. À l’issue d’un féroce combat , au cours duquel Simons manqua de se faire étrangler par le démon ibis, ils reprirent leurs souffle tout en réfléchissant aux implications de l’existence de ces choses jetant un troublant éclairage sur les croyances des anciens égyptiens.

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Poursuivant leur exploration,  ils atteignirent finalement un escalier monumental taillé dans la roche s’enfonçant dans le noir. En passant sous l’antique voûte en alcôve, ils ne purent s’empêcher d’avoir le souffle coupé par les dimensions colossales de la vaste chambre qui s’étalait et se perdait dans les ténèbres,  plus de 30 mètres en contrebas. Il était difficile de d’estimer la taille de ce temple souterrain dont le volume soutenait la comparaison avec celui d’une cathédrale. Evoquant un ciel étoilé, l’éclat de multiples torches se reflètait doucement sur les dalles de marbre noir et luisant, comme patinées par des siècles de pas traînants au rythme de liturgies païennes. Leurs yeux suivaient les lignes étranges et asymétriques d’immenses piliers soutenant  la  voûte quelques mètres au dessus d’eux. Ces piliers massifs allaient en s’évasant à mesure qu’ils grimpaient à l’assaut des ténèbres, sculptés à l’effigie d’arbres cancéreux. Dans le faisceau de leurs lampes-torches ils réalisèrent avec effroi que les branches paraissaient se mouvoir en une lente reptation minérale, comme agitées par quelque brise qui n’était pas de ce monde.

Observant les lieux au travers de leurs jumelles, ils distinguèrent, à environ 40 mètres de leur cachette, ce qui semblait être un puits ou un escalier s’enfonçant dans une sorte de brume sanglante, comme une bouche s’ouvrant sur l’enfer. Plus loin encore, une vaste fosse de près de 500m2, profonde de 2 à 3 mètres et s’étirant vers le fond du temple semblait  emplie d’eau. La surface noire et lisse était parfois troublée par quelques furtifs remous sinistres. Emergeant du mur est du temple, au bout d’un pont processionnel fait d’une pierre verdâtre et bilieuse et bordé de piliers sculptés, suspendu à près de 10 mètres du sol, se dressait une sorte de trône hideux, taillé dans la même pierre répugnante. Derrière enfin, s’ouvrait une immense cavité obscure semblant engloutir la lumière. Comment ne pas y voir une gueule béante  excavée par quelque force titanesque plus que sculptée par la main de l’homme ?

Mais le plus effrayant de tout était sans conteste cette foule impressionnante, près d’un millier de personnes se pressant dans le temple chthonien,  oscillant à l’unisson, telle une vaste entité de chair, en majorité des adeptes égyptiens au milieu desquels se détachaient ça et là les grotesques silhouettes titubantes des Enfants du Sphinx,  comme si des icônes  contrefaites des dieux de l’ancienne Egypte marchaient parmi eux.

A près d’une centaine de mètres de leur poste d’observation, perché au dessus de la marée humaine, se dressait une sorte d’autel en pierre blanche s’élevant à plus de 5 m au dessus de la foule. Au sommet reposait un lourd sarcophage.  Eclairée par quatre braseros jetant une lumière jaunâtre malsaine et tremblotante, l’antique momie de la Reine Nitocris attendait son heure… Autour d’elle, se tenait un petit groupe revêtu de tenues cérémonielles rappelant celles de la secte des marais britanniques.  Se passant les jumelles, les investigateurs atterrés reconnurent le grand prêtre muni de sceptres jumeaux similaires à ceux d’Edward Gavigan. Il ne s’agissait de nul autre que du redoutable Omar Shakti, encadré de deux démons égyptiens au faciès bestial. Derrière eux, reprenant les chants avec une dérangeante ferveur, l’arrogant Martin Winfield et  le professeur Clive encadraient fermement une frêle silhouette en robe dont la capuche occultait les traits.

Tandis que la foule s’écartait au bord du grand bassin, des hommes et des femmes furent jetés dans la fosse. L’eau sombre se mit à bouillonner alors que les infortunés tentaient désespérément de s’agripper au rebord, bien trop haut pour pouvoir se hisser à l’abri des horreurs tapies sous la surface. Mary porta une main à sa bouche pour réprimer un cri de dégoût en comprenant que l’eau grouillait de légions d’immondes sangsues grasses et voraces. Alors que les échos de musiques ancestrales oubliées depuis bien longtemps se répercutaient sous les voûtes, les hurlements d’agonie des sacrifiés se mêlèrent aux chants extatiques allant crescendo.

C’est alors que la figure gracile et pâle  fut dénudée par les deux archéologues serviles pour venir faire face au sarcophage de la Reine Goule. La gorge serrée, les Investigateurs découvrirent Miss Broadmoor se tenant rigide et immobile pendant un long moment avant d’être prises de spasmes désordonnés et violents sous le regard intense d’Omar Shakti. Une vague de silence se propagea dans la foule, comme une onde concentrique émanant de la plateforme de l’autel. Les cinq intrus furent écrasés par le pressentiment que la Prophétie des Ulémas était sur le point de s’accomplir…

O’Rourke mit en joue le grand prêtre de la Confrérie du Pharaon Noir. Dans la plus grande improvisation, Finley, Miss Sanger, le docteur Simons et James Gardner décidèrent courageusement de descendre dans le temple. Dynamite au poing, ils espéraient ainsi approcher de l’autel à la faveur de la confusion. Les premières explosions répandirent rapidement une vague de tumulte et de cris de colère. Le fusil rugit. L’irlandais manqua sa cible et le chaos déferla bientôt dans le temple.

Chacun tenta d’échapper dans les ténèbres et la confusion aux hordes d’adorateurs du Pharaon Noir. Serrant les dents, O’Rourke prit à contre-coeur une décision radicale. Il ferma les yeux un instant, oubliant les hurlements, cherchant au fond de lui la force d’accomplir l’irréparable. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il retint son souffle et visa la spirite anglaise. Il s’efforça de se persuader qu’il avait raison. Que la malheureuse, grâce à ses dons de médium, était le canal par lequel la Reine-Goule reviendrait de l’Au Delà. Pour la seconde fois de sa vie, il s’apprêta à assassiner quelqu’un de sang-froid…

Sans réellement entendre le coup de feu, il sentit le massif fusil français tressauter dans ses mains. A une centaine de mètres de là, la vieille femme s’écroula, frêle pantin fauché par la balle de 30.06 sous les hurlements outragés des conjurés. L’irlandais  entreprit aussitôt de se replier vers le dédale, espérant attirer la horde en furie vers lui. Quittant la grande chambre, il choisit de détaler vers l’ouest, espérant trouver l’accès menant à la passerelle au fond du temple.

Au même moment, ayant contourné la foule, Simons épaula son fusil de chasse et fit feu sur Omar Shakti. Sa satisfaction d’avoir abattu le prêtre céda la place à une horreur glacée lorsque le maître de la Confrérie se relèva, apparemment indemne, cherchant son assaillant. Un second coup de feu n’eu d’autre effet que de retarder le sorcier. Face à cette manifestation surnaturelle incompréhensible, Simons et Finley s’enfuirent à l’aveuglette dans la forêt de piliers, le coeur battant la chamade. Aucun d’eux n’osait penser au sort qui leur serait réservé si par malheur ils devaient tomber entre les griffes des sectateurs. Ces derniers  s’activaient déjà à ratisser le temple obscur à la lueur des flambeaux, hurlant des appels au meurtre. Les fuyards se retrouvèrent vite isolés, courant désespérément pour échapper à la battue fatale.

Mary Sanger parvint la première à regagner discrètement l’escalier monumental. Au même moment, O’Rourke empruntait furtivement la passerelle, dominant de plusieurs mètres les lueurs tremblotantes des torches jetant des ombres entre les piliers. Impuissant à intervenir, il n’était que trop conscient de la frénétique chasse à l’homme se jouant en contrebas. Caché dans les ténèbres, il rampa,  hors de vue de la foule. Lorsqu’enfin il parvint à avoir une ligne de mire sur la plate-forme où se tenaient les prêtres, il avisa avec effroi que le sarcophage était désormais vide. Shakti et ses acolytes n’étaient plus là. Seul gisait le corps sans vie d’Agatha Broadmoor, baignant dans son sang, comme une  silencieuse accusation le forçant à détourner le regard. Son geste avait-t-il seulement permis d’empêcher l’irréparable ? Ses compagnons allaient-ils tous mourir pour rien, mis en pièces par la meute des adeptes de la Confrérie ? Il reflua à toute jambes, dans le fol espoir qu’au moins l’un d’eux ait pu échapper à la nasse mortelle. Plusieurs minutes après, ce fut au tour du Dr Simons de gravir les marches, après avoir du abattre quelques adeptes lui barrant la route.

Le professeur Finley ne fut pas aussi chanceux. Repéré par les adorateurs de Pharaon Noir, l’historien prit ses jambes à son cou, une meute de fanatiques sur les talons. Puisant dans l’énergie du désespoir, il courut à en perdre haleine, semant certains de ses poursuivants essoufflés. L’escalier semblait si loin. Cent mètres. Les larmes aux yeux, Finley regretta toutes ces heures passées penché sur d’obscures monographies au lieu de faire du sport. Cent mètres. Autant dire le bout du monde. Et pourtant, miraculeusement, malgré son coeur menaçant d’exploser, sa poitrine en feu, Finley continuait à courir. Il courait comme  Babe Ruth ou Bob Meusel et tous ces joueurs de baseball qu’idolâtrait son frère. Il courait comme le vent. Et lorsqu’il mit les pieds sur les premières marches, Charles Finley commença à croire qu’il allait réussir à échapper au piège mortel. Se retournant, il avisa les poignards et les cruels gourdins du culte avec leur pointe métallique brandis par ses poursuivants, trois arabes aux yeux déments, les plus déterminés, ceux qui n’avaient pas abandonné la poursuite. Et là haut, la sortie. Là haut, à plus de trente mètres. Dix étages. Encore une vingtaine de marches et ses forces le trahirent. L’épuisement le gagnait, hors d’haleine, Finley réalisa qu’il n’y parviendrait jamais. Il se retourna pour faire face à ses poursuivants tout aussi essoufflés que lui et abattit froidement le premier. Lorsque le chien percuta à vide, une vague de désespoir l’étreint. La mêlée fut furieuse, barbare, comme dans ces histoires de tranchées qu’il avait lues dans les livres sur la Grande Guerre, là bas, chez lui, dans le confort lointain d’une bibliothèque. Lorsque la lame d’une jambiya le transperça au foie, il ne ressentit qu’une sensation de froid et de futile révolte, une envie de hurler contre l’inéluctable marche du destin sur le point de le broyer, lui, ses souvenirs, ses espoirs et ses rêves… Ses jambes se dérobèrent sous lui et le professeur s’effondra. Des coups suivants qui pleuvaient sur lui, achevant de ravager son corps supplicié, il ne perçut qu’un lointain bruit obscène de viande flasque…

Comme un éclair au milieu de la tempête de souffrance, jaillit une dernière question: son âme resterait-t-elle  ici, sous le ciel sans étoile de ce temple impie ? Serait-t-elle à jamais prisonnière entre les branches  grouillantes de cette forêt minérale blasphématoire, hurlant dans le souffle invisible du Dieu du Vent Noir ?

Au moment où la vie le quittait, enfin, en cet ultime instant le séparant du néant, lui revinrent les propos du Dr Kafour… Nyarlathotep… Nyar Ut Hotep... « Il n’y a point de paix par delà la Porte« …

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Dans le labyrinthe, O’Rourke retrouva enfin Sanger et tous deux regagnèrent la chambre d’arrivée. Un cul de sac. L’irlandais laissa échapper un juron. Seul Finley connaissait la brève incantation qui leur permettrait de sortir ! Après quelques instants d’angoisse, la journaliste parvint providentiellement à se remémorer la phrase en égyptien déclamée par l’historien. Une sensation de vide l’envahit, semblable à celle qu’elle avait ressentie dans les Fens de l’Essex, à la Maison Misr, lorsque Edward Gavigan avait rivé ses yeux dans les siens, semblant aspirer son âme.  Le portail s’ouvrit et ils se retrouvèrent à l’extérieur, trottant pour s’éloigner de cet endroit maudit, espérant contre toute raison que les trois autres aient pu se tirer de cette souricière. Ils s’embusquèrent au milieu des ruines pour surveiller le site…

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Peu de temps après, Simons se retrouva quant à lui coincé, incapable de se rappeler la phrase rituelle. Le médecin, la gorge serrée contempla son arme. 

Ils ne le prendraient pas vivant. Jamais. Il plaça le canon de son fusil de chasse sous sa mâchoire. Le contact de l’acier sur sa peau fiévreuse était presque rafraîchissant. Fermant les yeux, il s’efforça de calmer sa respiration. Son doigt pressa doucement  la gachette…

Tout à coup, un bruit dans le tunnel. Se calant contre l’arche menant au tunnel, le médecin repéra à la lueur tremblotante de leur torche deux adeptes essoufflés dont l’un portait un fusil. Etait-ce celui d’un de ses compagnons ? Pourtant prêt à mourir quelques instants auparavant, le médecin ouvrit le feu sur le premier assaillant qui chargeait lame au poing. L’arabe s’effondra, une balle en pleine tête, mais le second leva son fusil de chasse. Simons savait qu’à cette distance, il ne pourrait manquer d’être déchiqueté par la décharge de plombs. C’est alors que l’impensable survint. La cartouche fit long feu ! Simons brandit son revolver et répliqua.

Lorsque les échos de coups de feu achevèrent de se répercuter dans les catacombes, titubant, sonné dans l’odeur âcre de la poudre et des relents de sang, le médecin incrédule réalisa qu’il était l’unique survivant de la fusillade. Surmontant le désespoir qui menaçait de le gagner, il décida de tenter le tout pour le tout. Dépouillant le cadavre d’un de ses agresseurs, il revêtit les robes noires du culte et se fondit dans l’obscurité d’un tunnel adjacent, attendant l’éventuelle arrivée de cultistes, dans l’espoir insensé de se mêler à leur groupe afin de quitter le dédale…

Les minutes s’écoulèrent, interminables, dans le silence minéral des antiques catacombes. L’imagination travaillait vite, et le médecin eut tôt fait de peupler les ténèbres stygiennes de menaces intangibles. Au bout d’une éternité, une lueur apparut néanmoins dans les tunnels. Caché, le médecin avisa un petit groupe de silhouettes en robes du culte, progressant à la lueur de torches, en direction de la chambre d’arrivée. Il les entendit ensuite discuter lorsqu’ils découvrirent le corps de leurs confrères abattus. Malheureusement, après avoir inspecté le cul-de-sac, ils s’apprêtèrent à repartir, anéantissant les espoirs du médecin. En refluant dans l’obscurité du tunnel adjacent, il sentit tout à coup le sol se dérober sous ses pieds, poussant un cri d’effroi, il parvient in extremis à agripper le rebord du trou, comprenant en entendant des cailloux ricocher  dans les ténèbres d’un puit sans fond qu’il venait d’échapper à une mort atroce. Alors qu’il s’efforçait de se hisser hors du trou, il aperçut avec horreur la lueur des flambeaux à l’entrée du tunnel. Les arabes l’avaient évidemment entendu crier. Trouvant une prise providentielle un mètre sous le rebord du puits,  n’osant lever les yeux, Walter Simons se cramponna de toutes ses forces en se plaquant contre la paroi, priant pour que les assassins ne regardent pas juste à leur pied. Après quelques secondes insupportables, la lumière des torches reflua. Simons laissa échapper un soupir de soulagement.

Il lui fallut encore attendre de longs moments dans l’obscurité avant d’entendre des coups de feu se répercutant dans le labyrinthe. Quelques instants plus tard, il repéra à nouveau des lueurs, plus nombreuses. Un groupe important qui s’éloignait dans les catacombes. Son coeur fit un bond lorsqu’il réalisa en s’approchant sous le couvert des ténèbres que les adorateurs de Nyarlathotep trainaient deux hommes, morts ou inconscients. Tiraillé entre la loyauté envers ses compagnons et l’instinct de survie, Simons opta finalement pour son devoir. Tremblant sous sa djellaba puant la sueur il emboita discrètement le pas de la cohorte de fanatiques. Bien vite les arabes se turent tandis qu’ils s’enfonçaient dans le dédale, s’éloignant de la chambre par laquelle les investigateurs étaient arrivés. Seul un infime courant d’air alimentait les flambeaux qui brûlaient en crépitant, dégageant une lourde fumée résineuse venant noircir la voute inégale. Simons restait à l’arrière du groupe, soucieux de ne pas être exposé à la lumière qui aurait trahi son teint d’étranger.

Au bout d’un court périple souterrain, ils entrèrent dans une chambre antique au sol poussiéreux et aux murs dénudés, passant entre deux statues grotesques. Le médecin new-yorkais étouffa un cri en réalisant, dans la lueur vacillante des torches, que ce qu’il  avait pris pour deux ignobles caryatides étaient en fait les horribles créatures du temple. Livides,  leurs corps nus et émaciés surmontés d’abominables têtes animales, elles étaient en tous points dignes des expériences anatomiques du Dr Moreau d’H.G. Wells ou du Frankenstein de Mary Shelley. Ses genoux s’entrechoquaient et son cœur battait la chamade alors qu’il passa à quelques centimètres du mufle bovin d’une sentinelle tout droit surgie du labyrinthe  crétois de Minos, sans toutefois quitter du regard la gueule de saurien garnie de crocs béant qui lui faisait en face…

Il pénétra alors dans un vaste caveau aux parois taillées dans la roche brute. Ses proportions étaient telles que les torches peinaient à en dissiper l’obscurité. La lumière fit fuir une armada de répugnants cloportes qui se hâtèrent de se réfugier sous la paille moisie  de ces infâmes oubliettes. D’antiques barreaux de fer rongés par la rouille séparaient des dizaines de geôles étroites, pour l’essentiel vides. Le médecin se retint de trop détailler les formes recroquevillées parmi les ossements dans quelques cellules. Certaines semblaient tellement maigres qu’il était inconcevable qu’elles aient encore pu  abriter  le souffle de la vie. Il se figea en apercevant, par-dessus l’épaule des adorateurs, deux visages pâles d’européens. Malgré leurs robes sombres ornées de la croix ansée inversée et tâchées d’un sang qui n’était surement pas le leur, il reconnut aussitôt le Professeur Clive et son bras droit, le détestable Martin Winfield. Ils maintenaient sans frémir une silhouette trapue allongée sur une table de pierre érodée par le temps et maculée de tâches brunes. Son cœur se brisa en reconnaissant la forme étendue au sol à côté du dais de pierre. Son visage figé dans une expression d’interrogation muette était presque intact, bien que ses lunettes aient été égarées, mais sa poitrine n’était plus qu’une masse de chairs déchiquetées. Charles Finley…

Une troisième silhouette se tenait penchée sur le prisonnier, revêtue de robes du culte en lambeaux. Ce n’était pas tant pas sa stature qui intimait le respect de l’assemblée mais la palpable aura de pouvoir émanant de lui, électrisant l’air ambiant, comme en ces instants où la foudre s’apprêtait à tomber par temps d’orage. Simons ne put s’empêcher de revoir le moment où ses coups de fusil l’avaient fauché, ni de ressentir à nouveau le sentiment d’incrédulité horrifiée qui l’avait étreint au moment où Shakti s’était relevé. Malgré ses vêtements dépenaillés et ensanglantés, son visage tuméfié par le probable lynchage qu’il avait subi, nul doute quant à l’identité du second prisonnier. Le malheureux archéologue britannique ne bougeait plus, ce qui ne semblait guère émouvoir ses anciens collègues. Alors, avec une lenteur calculée conjuguée à une odieuse précision, le Maître de la Confrérie incisa le flanc de Gardner avant de glisser deux doigts dans la plaie, tandis que son visage ascétique venait se pencher sur celui de l’archéologue. Il souffla dans la bouche du cadavre, comme pour lui accorder un baiser impie. Epouvanté, Simons vit le corps de l’anglais s’arque-bouter avec une violence telle qu’il serra les dents, craignant d’entendre sa colonne se rompre. Puis Omar Shakti s’adressa à lui, dans un anglais si impeccable que la scène prit un tour quasi surréaliste, comme si il s’agissait d’un rêve sinistre dont il allait se réveiller d’un instant à l’autre…

« James Arthur Gardner, toi dont le djet  repose sur cette pierre, privé de son ka, sache que ton ba est mien. Toi qui pensais pouvoir me vaincre dans la vie, te voilà devenu mon esclave dans la mort. Tu es en mon pouvoir et je te somme de répondre à mes questions. Qui sont les gens que tu accompagnais et combien étaient-il ? Où se terrent-ils ? »

Même Clive et Winfield ne purent s’empêcher de frémir lorsque d’une voix atone, la dépouille de Gardner répondit, révélant les noms des investigateurs et l’objet de leur quête. Tout ce qu’ils lui avaient révélé, il l’avoua dans cette ignoble confession posthume. Quand enfin Shakti estima avoir appris ce qu’il désirait, il se pencha à nouveau sur le visage de Gardner tel une goule, comme pour reprendre la parodie de vie qu’il lui avait insufflée. D’une voix impérieuse, il s’adressa alors à ses fidèles en arabe, donnant froidement des ordres incompréhensibles. La foule commença à se scinder en plusieurs groupes et Simons fut obligé de suivre le mouvement. Alors que tout le monde sortait, d’un geste Shakti intima à Winfield de rester…

Quel ne fut pas le soulagement du médecin lorsque quinze minutes de marche plus tard, il émergeait d’un mastaba proche des pyramides, sous le ciel étoilé de Gizeh. Inspirant profondément l’air frais et sec, il sentit revenir l’espoir.  Il se cacha parmi les vieilles pierres, laissant le groupe de sectateurs s’éloigner dans la nuit et décida d’attendre avant de repartir vers le Caire, entretenant l’espoir que O’Rourke et Sanger aient pu échapper aux griffes de la Confrérie.

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Alors qu’ils marchaient péniblement dans la nuit, le long de la route menant au Caire, se protégeant du mieux qu’ils pouvaient des bourrasques cinglantes charriant le sable et la poussière, Mary et William entendirent des bruits de moteur approchant derrière eux et plongèrent dans le fossé. Le camion s’arrêta non loin de leur cachette. Maudissant leur guigne, les deux américains dégainèrent leurs armes. D’un geste Mary indiqua qu’elle venait d’entendre un homme descendre du véhicule. Après un instant d’hésitation, le détective se hissa hors du fossé pour apercevoir un arabe au visage dissimulé par une écharpe, tenant un vieux mousquet, qui se découpait en ombre chinoise dans le faisceauu des phares. Alors qu’ils tentaient de se comprendre, l’homme esquissa le geste de lever son arme. O’Rourke, sur la défensive, réagit instinctivement et l’abattit d’une balle en pleine tête. Un cri jaillit de la cabine de pilotage. Sur sa lancée, l’irlandais se précipita sur le conducteur avant que celui ci n’ait pu prendre une position de tir. Les deux hommes luttèrent âprement dans l’obscurité. Plus robuste que son adversaire, William réussit à lui coller le canon de son .45 dans le ventre avant de presser par deux fois sur la gâchette. Reprenant son souffle, il fouilla les deux hommes, le coeur battant, priant pour trouver quelque amulette ou tatouage confirmant leur appartenance à la Confrérie.

En vain. Pris de vertige, l’Irlandais fut assailli par l’image d’Agatha Broadmoor s’effondrant près du sarcophage de Nitocris. Combien d’innocents avait-t-il donc abattu cette nuit ? Pris de nausée, il grimpa dans le camion sans mot dire, tandis que Mary s’installait au volant. Comme pour conjurer ses démons intérieurs, il se concentra sur l’urgence à gérer. Où aller désormais?

Fallait-il se rendre au Victoria afin d’y retrouver d’hypothétiques compagnons ayant eux aussi échappé à la traque fatale ?

Ne valait-il pas mieux essayer de se rapprocher des ulémas d’Ibn Tulun afin de  mander leur protection?

Finalement, les deux investigateurs éreintés choisirent de se raccrocher au maigre espoir de retrouver Simons, Finley et Gardner à l’unique point de rendez-vous possible, la suite de l’hôtel…

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Pendant ce temps, le Dr Simons titubait péniblement sur la route caillouteuse, serrant les dents en tentant d’oublier la blessure au couteau subie durant sa fuite dans le Grand Temple. Entendant un véhicule approcher venant du Sphinx, il se cacha dans le fossé, priant pour que conducteur de ce camion n’ait pas eu le temps de l’apercevoir à la lueur des phares. Soulagé, il ressortit de sa cachette quelques instants plus tard, sans se douter qu’ O’Rourke et Mary Sanger  venaient de passer devant lui…

Quant trois quart d’heure plus tard, il entendit une voiture en provenance du Caire, il décida de se montrer afin de demander de l’aide. Lorsque la voiture s’arrêta, Simons avisa qu’elle roulait doucement, feux éteints… pris de sueurs froides, le médecin réalisa qu’il venait peut être de se jeter dans la gueule du loup. S’approchant prudemment de la portière, essayant en vain de distinguer les traits de l’homme au volant, Walter serra nerveusement la crosse de son .38. Alors qu’il apostrophaie l’inconnu plongé dans le noir, il sentit une odeur familière. L’odeur qu’il avait sentie un soir, en rentrant dans leur chambre au Victoria, ce soir où le paranoïaque O’Rourke avait affirmé que leur chambre avait peut-être été fouillée, même si rien ne semblait pourtant leur avoir été dérobé. Les pensées se bousculèrent dans la tête du médecin. Trop de morts, trop d’horreurs incompréhensibles, trop de peur. Il braqua l’homme qui plongeait déjà sur le siège passager et fit feu.

–  » Par Saint Georges ! Vous avez bien failli me trouer le veston ! »

Incrédule, Simons reconnut l’accent cultivé de Nigel Wassif. Que pouvait donc bien faire le journaliste à cette heure et en ce lieu ? En proie à la plus totale confusion, le médecin ne savait plus s’il devait fuir, l’abattre avant que celui-ci ne le tue en proférant le nom du Pharaon Noir ou monter dans la voiture comme Wassif le lui intimait avec empressement. Ereinté, Simons se laissa choir sur le siège passager. Une fois mis au courant des horreurs entrevues sous le Sphinx,  le journaliste lui confia avoir surveillé leur groupe, allant même jusqu’à fouiller leur chambre afin d’en apprendre davantage quant à leurs motivations. Il expliqua au médecin que le journal intime du professeur Finley caché dans leur malle, confirmé par les dires « d’amis communs », l’avait convaincu qu’un funeste évènement aurait lieu ce soir à Gizeh. Quelque chose de suffisamment grave pour l’obliger à s’impliquer personnellement. L’automobile fit demi-tour pour gagner au plus vite l’hôtel, afin de retrouver d’éventuels survivants et récupérer les documents importants avant que la Confrérie ne s’en empare. Simons épiait son voisin conduisant avec une assurance dérangeante, une main sur le volant, l’autre tenant la cigarette égyptienne à l’odeur caractéristique, sans parvenir à détacher son regard du pistolet Walther à sa ceinture. Une question qu’il n’osait poser lui brûlait les lèvres. Qui se cachait donc derrière la façade courtoise du journaliste anglo-égyptien ?

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De retour à l’hôtel, après avoir abandonné le camion et son fusil dans une ruelle proche de l’Ezbekiyah, O’Rourke pénétra le premier dans la chambre, Colt 1911 au poing. Une fouille rapide confirma qu’apparemment personne n’était revenu avant eux, amenuisant leurs espoirs de retrouver leurs compagnons. Une heure plus tard, quelqu’un frappa pourtant à la porte. Le détective se précipita, le canon du pistolet collé contre la porte, craignant le pire. A sa grand surprise, chuchotant d’une voix tremblante, James Gardner le supplia de le laisser entrer. L’archéologue recouvert de poussière, le visage couvert d’ecchymoses, sanglota de soulagement avant de se laisser tomber dans un fauteuil. Sous l’oeil méfiant de William et le regard plein d’espoir de Mary, il relata son évasion de la Grande Salle. Sa voix se brisa en évoquant les derniers instants du professeur Finley, se maudissant une fois de plus pour sa lâcheté. Pas plus qu’il n’avait su sauver Agatha Broadmoor, il n’avait rien pu faire pour empêcher l’historien américain de se faire tailler en pièces sur le grand escalier. Entendant cela, tous ses espoirs anéantis  Mary se leva et s’enferma dans sa salle de bain afin de pouvoir se laisser aller au chagrin. Alors que l’irlandais lui demandait si il savait ce qui avait pu advenir de Simons, Gardner releva la tête et le fixa avec une sorte de sourire cruel. Quelque chose venait subitement de changer dans son regard. Alors que O’Rourke se jetait sur son arme, il sentit le regard de l’anglais lui transpercer le crâne, s’enfonçant dans son cerveau comme un tisonnier ardent.

–  » Posez votre arme, Monsieur O’Rourke. Vous m’obligeriez si vous consentiez à mettre vos mains dans votre dos » dit-il en se levant. Un air d’intense concentration conférait désormais aux traits sans caractère de l’archéologue anglais une expression de froideur inhabituelle.

Avec effroi, l’irlandais sentit son libre arbitre lui échapper. Une partie de lui se mit à hurler intérieurement en comprenant que son corps se mouvait contre sa volonté. Gardner le ligota fermement avec la cordelette des rideaux. Puis d’un geste vif, se saisit d’une seconde cordelette tressée, la passa sous le menton de sa victime et commença à la garrotter avec une lenteur sadique.

– « Vous allez avoir l’occasion de pleinement savourer cet ultime instant, Monsieur O’Rourke. Je vous offre en effet le loisir de pouvoir en profiter sans avoir à souffrir l’indignité de vous débattre » susurra Gardner à l’oreille du détective dont le visage s’empourprait déjà.

Le sang lui montait à la tête, cognant dans ses tempes, tandis que la cordelette écrasait inexorablement les cartilages de son larynx. La poigne de Gardner était étonnamment ferme. Un voile noir commença à tomber devant les yeux de O’Rourke. Dans un ultime sursaut de désespoir, il lança un violent coup de pied dans la table basse, faisant choir la bouteille de whisky et les glaçons. Dans sa chambre, Mary réalisa qu’il se passait quelque chose. Saisissant son .38, elle se rua dans le salon de la suite, frappée de stupeur en essayant de comprendre la scène incongrue se jouant sous ses yeux.

Délaissant le détective ligoté, Gardner se redressa, étonnamment calme alors que la journaliste hystérique le braquait en lui hurlant de reculer. Subitement, psalmodiant  des syllabes incompréhensibles, il tendit la main vers elle puis referma le poing d’un geste impérieux. Aussitôt , la jeune femme sentit une douleur crucifiante lui vriller la poitrine et le bras gauche, comme si son coeur affolé était pris dans un étau. En proie à un violent infarctus, elle s’effondra, tentant désespérément de respirer. C’est à peine si au travers du voile de souffrance, elle parvenait à distinguer l’archéologue s’avançant calmement vers elle en sortant délicatement un poignard de sous sa veste. Reprenant le contrôle de ses membres, O’Rourke se relèva, les mains toujours attachées derrière le dos et se jeta de tout son poids sur le traître. Les deux hommes chutèrent au sol. Gardner tenta de le poignarder, O’Rourke se défendit avec l’énergie du désespoir, tentant de rouler sur le tapis pour échapper à la lame. Mary reprit son souffle dans un cri, au moment où la vague de douleur qui lui écrasait le thorax refluait. Elle saisit son pistolet, tentant d’avoir une ligne de tir. Au moment où l’homme se redressait pour enfoncer son poignard dans la poitrine du détective impuissant, Mary fit feu, par deux fois et Gardner s’effondra enfin. Encore sous le choc, la journaliste se précipita sur son compagnon pour le libérer de ses entraves. C’est alors que l’enfer se déchaina…

A la limite de leur champ d’audition, tous deux perçurent une sorte de son strident, conjurant l’image de griffes de métal raclant une surface d’ardoise. Aussitôt, les horizontales et les verticales des murs, des chambranles de portes et des meubles s’altérèrent, se bombant et se tordant, dansant avec les angles et la notion de distance s’affranchit alors de toute rationalité. Passant du Néant à l’Être en l’espace de quelques battements de cœur, une Chose prit pied dans la réalité hurlant contre cette insoutenable violation de toutes ses lois. La bile remonta dans la gorge des deux américains assaillis par une puanteur à soulever le coeur. Ils découvrirent épouvantés, une silhouette vaguement humanoïde, les dominant de plus de deux têtes, grotesque amalgame de concepts que la Nature, si elle avait eu quelque mot à dire, aurait laissé au rebut. Sa puissante charpente  évoquait un chainon manquant entre l’insectoïde et le simiesque, sa peau sombre pendant flasque sur sa carcasse asymétrique, pareille à des haillons macabres dont elle se serait drapée. Une immonde parodie de tête les fixa avec des yeux morts, rappelant à ceux des grands squales, oscillant, comme ivre, la gueule béant sur un gouffre de crocs effilés, exhalant une haleine insoutenable. La Chose tendit vers eux des membres aux articulations contre-nature, terminés par des griffes disproportionnées, telles des lames de faux, cliquetant les unes contre les autres. Malgré l’absence totale d’expression faciale, tout dans sa posture suggérait l’imminence d’une sauvagerie meurtrière…

Avant même qu’il n’ait eu le temps de réagir, l’Abomination se saisit de l’homme allongé au sol , tandis que Mary saisie de stupeur reculait de deux pas, tirant en vain. Une patte armée de griffes démesurées fusa vers elle et une étreinte mortelle se resserra sur sa gorge tandis que, sans peine, elle les soulevait tous deux du sol. Mary et William tentèrent de se débattre, l’irlandais luttant pour parvenir à se libérer de ses liens. A nouveau l’insupportable acouphène leur vrilla les tympans tandis que les perspectives se remettaient à danser, faussant leurs perceptions. O’Rrouke réalisa avec horreur qu’il ne pouvait s’agir là que de l’entité du Livre de Dayan, celle-là même avec laquelle Finley prétendait pouvoir pactiser, Celui Qui Marche Dans le Néant. Et si il avait raison, cette horreur s’apprêtait à les emporter avec elle dans les Limbes qui l’avaient vomie…

Sur un coup de théâtre inattendu, la porte de la chambre s’ouvrit à la volée, et deux hommes firent irruption dans la pièce, arme au poing. Pensant être le jouet d’hallucinations, ils virent le docteur Simons, accompagné de Nigel Wassif, les traits décomposés en découvrant la Chose d’un Autre Monde. Les deux hommes se ressaisirent et ouvrirent le feu. Le monstre rugit tandis que les balles éclaboussaient les murs de l’ichor verdâtre et purulent lui tenant lieu de sang . Le Marcheur jeta ses proies à  l’autre bout de la pièce, comme de vulgaires poupées de chiffons, avant de se ruer sur les nouveaux venus. Simons parvint à éviter les griffes acérées mais Nigel Wassif n’eut pas cette chance et s’effondra, le ventre lacéré. Le médecin parvint à garder la distance tandis que William, récupérant un tesson de verre de la table, tranchait ses liens. Les deux hommes criblèrent la Chose de balles. L’Entité poussa un hululement inhumain et à nouveau, les murs de la Chambre parurent se bomber vers l’intérieur. Dans un crissement strident, la Chose sembla imploser avant de disparaitre en un battement de coeur.