Mombasa port

Tandis que le paquebot franchit la passe dans la barrière de corail séparant Mombasa de l’Océan indien, accoudés au bastingage, Mary, Simons et O’Rourke découvrent face à eux la vieille ville, située sur la petite île de Mvita au confluent de deux estuaires. Gardant l’entrée du port depuis la fin du XVIème siècle, les fortifications massives de Fort Jesus rappellent l’époque de la domination portugaise. Ils sont frappés par l’intensité des couleurs qui se déploient devant eux. Le bleu émeraude de la mer, l’azur étincelant du ciel et la multitude de voiles chamarrées des boutres s’écartant devant le géant d’acier.

Même de loin, il est évident que la ville, bâtie avec de la roche corallienne, doit autant aux européens qu’aux arabes, à en juger par son architecture métissée, héritage des sultans d’Oman, qui succédèrent aux portugais et devinrent les maitres de la côte jusqu’à Zanzibar, haut lieu du commerce des esclaves…

En débarquant sur le port , tous leurs sens sont assaillis, par la multitude d’odeurs d’épices, de fruits et de bois précieux, par le tumulte de la cohue digne d’une tour de Babel où fusent les invectives en arabe, hindi, tamil, anglais, kiswahili ou gikuyu , par le tourbillon de couleurs des vêtements chatoyants. Les rares visages blancs des voyageurs se fondent le creuset et se mêlent aux ouvriers kikuyus élancés aux crânes rasés, les oreilles aux lobes distendus alourdis de bijoux de cuivre côtoyant les négociants indiens au teint d’acajou venant vérifier le débarquement des marchandises, tandis que des contremaitres somalis aux traits aquilins fendent fièrement la foule drapé dans la dignité de leur robes évoquant celles des arabes.

Ballotés dans la moiteur étouffante d’un bureau de l’administration britannique à une autre, ce n’est qu’au bout de près de deux heures à dégouliner qu’enfin les trois américains, nantis de leurs bagage peuvent enfin héler un taxi pour fuir la foule et gagner leur hôtel. Le dépaysement est quasi total.

Alors qu’ils flânent dans ses ruelles étroites et tortueuses, à l’ombre des bâtiments aux étages voilés de moucharabiehs de bois évoquant les rues égyptiennes, ou qu’ils savourent la fraicheur de l’ombrage d’un grand manguier aux racines noueuses, ils ne peuvent s’empêcher de comparer Mombasa à une vieille dame aux charmes exotiques un peu passés, alanguie dans la torpeur humide à peine rafraichie par les embruns venant du large…