Courbé sur les rails qu’il entretient à la gare de Nairobi, Sam Mariga ressemble à un de ces aSam Mariga portraitcacias de la savane, noueux et sec, vigoureux malgré son âge. Comme l’acacia encore, il devient rapidement piquant si l’on s’adresse à lui sans y mettre les formes, bien qu’il affecte la déférence que les Blancs attendent d’un vieux kikuyu. Cependant ses yeux reflètent la sagacité du vieux singe qui en a vu d’autres et l’étincelle rebelle qui d’ordinaire anime les regard des hommes bien plus jeunes que lui. Mariga a beau n’être plus tout jeune, il aspire à voir un jour son pays changer, et son peuple prendre en main sa destinée et la propagande de l’A.C.K. trouve chez lui un écho favorable.

Il y a quelques années de cela, alors qu’il visitait un cousin au village retiré de N’Dovu dans la chaine d’Aberdare, Mariga entendit les chasseurs du coin évoquer un lieu étrange, une terre stérile où se trouverait un véritable charnier, lieu d’un massacre épouvantable. Pas plus que les chasseurs, Mariga ne chercha à s’approcher  des cadavres. Les kikuyus  ne craignent pas la mort, fatalité que tout africain considère avec une forme d’acceptation incompréhensible pour un européen, mais redoutent en revanche le contact avec les morts. De fait, il se hâta de rentrer sur Nairobi pour prévenir les autorités de Fort Smith qui dépêchèrent le Lieutenant Selkirk des KAR et ses hommes, pressentant à juste titre qu’il pourrait s’agir là des restes de l’expédition Carlyle, disparue plusieurs mois auparavant.

Lorsqu’O’Rourke l’interroge avec ses manières abruptes sur des sujets sensibles tels que la sorcellerie ou le Culte de la Langue Sanglante, le vieux kikuyu prétend n’en rien savoir, provoquant l’irritation de l’irlandais, encore échaudé par la duplicité de Silas N’Kwane à New York. Mais lorsqu’il sent en Simons qu’il a affaire à un Blanc plus ouvert que la moyenne, il finit par leur recommander d’aller discuter avec un noir qui sait parler aux Blancs et qui de plus en sait long, Johnstone « Kenyatta » Kamau, le rédacteur nationaliste du journal kikuyu Muigwithania à l’A.C.K.