Bundari 2

Le village de Boyovu n’a en soi rien de bien remarquable. Entouré d’une palissade d’épineux pour protéger le bétail des hyènes et des lions, il regroupe une trentaine de huttes rondes en torchis, chacune entourée de sa propre boma, regroupée autour de trois grands acacias.

Pourtant, à l’insu de la plupart des gens, qu’ils soient locaux ou à plus forte raison Blancs, ce village d’éleveurs kikuyus abrite également la hutte d’un des plus grands hommes-médecines de la région, le Vieux Bundari. Rares sont ceux qui ont le privilège de pouvoir parler avec lui car le sage est rarement là.

En effet, sa frêle carcasse décharnée, ridée et rabougrie par les décennies repose bel et bien dans les ténèbres de sa case protégée d’une multitude de gri-gri et de puissants symboles, dont certains intrigueraient pourtant les plus éminents anthropologues. Mais son esprit, lui n’y revient que rarement. Car si l’on en croit ses superstitions , Bundari serait une sentinelle, un gardien dont le rôle consiste à surveiller les frontières séparant notre Réalité des Autres Côtés, le domaine des Esprits, afin d’éviter que des Choses ne puissent passer. Errant dans ces domaines mystiques, le vieil homme a acquis une grande sagesse et un savoir étendu, contemplant certainement des choses que nul n’est censé voir, s’entretenant peut être avec des entités inconcevables par le commun des mortels…

Une tâche dont le vieux sage d’acquitte au prix de son existence physique.okomu En effet, son corps n’est plus qu’une ancre desséchée dont prend soin avec une grande dévotion son disciple Okomu , sans nul doute appelé un jour à prendre sa place.

Le jeune homme frêle et élancé, dont les nombreux bijoux trahissent un le statut dépassant celui d’un simple berger, est le cerbère gardant l’entrée de la hutte du sorcier, soumettant les sollicitants à un barrage de questions et commentant chaque réponse avec un sourire méprisant.

Mais si l’on sait lui prouver que l’on a vu des choses que la plupart des gens ignorent, que l’on est versé dans les savoirs interdits, alors l’attitude de la jeune sentinelle se modifie sensiblement, Okomu acquiesçant alors la tête légèrement penchée sur le côté, le regard adouci par la compassion qu’il convient d’accorder à ceux dont l’innocence s’est à jamais flétrie au contact des choses immondes tapies dans les replis de la réalité…