hubert durenneEn fin d’après-midi, après une journée de marche harassante, le pisteur Sam Mariga entend des bruits dans la forêt et découvre un chasseur blanc, accompagné d’un peu moins d’une dizaine de porteurs noirs enveloppés dans leur étoles. Outre le fait que l’homme soit manchot, le plus troublant est le noir bâillonnée et attaché à une perche que deux des porteurs transportent sans ménagement.

Le chasseur se présente comme étant Hubert Durenne, chasseur de gros gibier et sujet de sa majesté le Roi des Belges, venu d’Ouganda en passant par Kisumu et se dirigeant vers le nord pour rallier le village de N’Dovu. Après avoir proposé d’établir un campement  dans une clairière proche, Durenne explique aux américains que leur prisonnier serait un « sorcier », aux dires bien sûr, de ses porteurs congolais pétris de superstitions. Il aurait tenté de les empoisonner en guise de remerciement pour l’avoir accepté à leur bivouac, quelques jours auparavant. Empêchant ses porteurs nègres de le mettre en pièces, l’homme civilisé qu’il est décida de le remettre à quelque autorité que ce soit résidant au plus proche village, à savoir N’dovu, à environ deux jours de marche plus au nord.

Tandis que le campement s’installe et que Mary s’entretient avec le truculent belge, un détail inquiétant attire l’attention du docteur: comme par le fait d’une horrible coïncidence, les nègres accompagnant le belge semblent tous présenter de cruelles mutilations, allant d’une main à un bras en passant par le nez. Par ailleurs, deux des porteurs restent debout en arrière, à la lisière, mais pourtant, loin de monter la garde, ils demeurent immobiles, comme figés sous leurs toges de berger, n’ayant pas bougé d’un iota. De moins en moins à l’aise, il confie ses soupçons à Gordon Lewis. Le guide britannique, tout en faisant mine de monter le camp, détaille le paquetage des nouveaux venus, afin de vérifier si la quantité de provisions confirme leurs dire. Etrangement, ils ne semblent transporter que très peu de matériel et leurs sacs et besaces ne peuvent certainement pas contenir assez de vivres pour une telle expédition de chasse. Sam Mariga sent alors un frisson lui parcourir l’échine. Il se rappelle avoir entendu des rumeurs de brousse faisant état de tribus vivant par delà le Rift, pratiquant l’automutilation et le cannibalisme en l’honneur d’un dieu horrible n’ayant rien à voir avec N’Gai.

Lorsque Durenne envoie son guide proposer sa flasque de whisky pour trinquer avec Lewis, au nom de leur point commun en tant que sujets civilisés d’un monarque,  la situation dégénère. Simons perçoit l’imperceptible signal que le belge envoie à ses hommes. Les pranga jaillissent de leurs fourreaux et  une féroce danse fatale s’engage bientôt autour du feu de camp jetant des ombres sauvages. Lewis et Simons se défendent sous les coups de poignards qui pleuvent tandis que Mary ouvre le feu. Pendant le combat, Sam Mariga parvient à empaler le belge de sa sagaie avant que celui-ci n’ait le temps de réarmer son fusil. Lewis s’effondre, tailladé de toute part,  le médecin américain ne valant guère mieux, souffrant de multiples lacérations.

Et pendant tout le combat, les deux silhouettes à la lisière de la clairière n’ont jamais bougé. Sentant combien cela empeste le surnaturel, Mariga est pris d’une terreur superstitieuse, marmonnant en gikuyu des choses à propos des morts qui marchent. Malgré la sensation de malaise s’emparant d’elle, Mary braque son fusil de chasse et fait feu, abattant froidement les deux silhouettes. Quelle n’est pas leur épouvante lorsque les deux nègres, défigurés par la rafale de chevrotine, se redressent et avancent vers eux d’une démarche horriblement saccadée. Instantanément renvoyés quelques mois en arrière, Mary et Simons revivent la terreur du sous-sol suintant de la Boutique Juju de Harlem. La journaliste parvient à garder suffisamment de présence d’esprit pour tirer une seconde fois avant que les atroce cadavres ne se jettent sur eux. Rassemblant son courage, elle s’avance prudemment pour s’assurer que ces abominations ne bougent plus.

C’est à ce moment qu’elle réalise qu’outre les ravages des deux coups de fusil, les corps portent les stigmates d’autres blessures, bien différentes. En plusieurs endroits, des morceaux de chair manquent. Mais à son corps défendant, Mary ne peut s’empêcher de remarquer le travail de précision d’un couteau, manié de main experte par quelque effroyable boucher, prélevant avec parcimonie les morceaux de choix dans les muscles des cuisses ou les flancs. Voilà donc pourquoi Durenne et sa cohorte dégénérée ne transportaient que si peu de vivres…

Sous le choc de la révélation, Mary chancelle, en proie au vertige, tandis que Mariga adresse une prière à N’gai, afin qu’il éloigne les mauvais esprits des morts de cet endroit maudit. Alors que Simons s’emploie à administrer les premiers secours à Lewis, Mary fouille les corps, sous le regard de Sam, épouvanté à l’idée de toucher un cadavre, un tabou chez les kikuyu. Elle constate alors qu’outre des mutilations multiples; tous, y compris le belge, portent les mêmes scarifications, sur la poitrine, dans le dos ou  au visage… non pas l’horrible sigile de la Langue Sanglante gravé sur le front d’Elias, mais un autre motif tout aussi sinistre, une spirale acérée d’épines. Simons se souvient alors avoir entendu O’Rourke et Finley discuter d’une chose similaire à propos d’une horrible secte congolaise, le Culte du Ver Spiralé, pratiquant mutilations rituelles et auto-cannibalisme, mentionné dans les Sectes Secrètes d’Afrique.  Ainsi donc Bundari et Okomu avaient raison, les adorateurs du Dieu Noir, sous quelque masque que ce soit, convergent bel et bien vers la Montagne du Vent Noir en vue du Rite de la Naissance…

Une question se pose… comment espérer désormais vaincre la ténébreuse M’Weru dans son antre, compte tenu de leur état?  

Le désespoir s’abat sur le campement…