Après une courte nuit plus qu’agitée et une nouvelle visite au Nairobi State Hospital, pour O’Rourke cette fois,  Simons, Sanger et Lewis décident de retourner voir Johnstone Kamau. Alors qu’ils se frayent un chemin dans la cohue du Bazar Indien, le vigilant Dr. Simons croit entrevoir à son tour le mystérieux homme au turban de la veille.

Après une courte discussion, Johnstone « Kenyatta » Kamau les confie à un guide qui les mène à travers les venelles miséreuses de la Ville Noire jusqu’à un garage miteux. De là, ils quittent Nairobi à bord d’une antique automobile, empruntant la piste poussiéreuse menant vers Thika, avant d’obliquer vers l’ouest, en direction d’un village kikuyu perdu dans la brousse, Boyovu. Ils y font la rencontre d’un jeune kikuyu sec et méprisant du nom d’Okomu. Malgré le plaidoyer de leur guide,  le jeune homme ne semble guère convaincu de la pertinence d’aider des Blancs ignorants, au grand énervement de Lewis. Au terme de longues palabres, la franchise de Simons, qui ne cache rien de leurs démêlées avec les différents cultes de Nyarlathotep, finit par avoir raison de la réserve de leur interlocuteur.

Okomu confirme alors que de graves évènements se préparent. Depuis plusieurs semaines, on voit des étrangers venus d’au-delà de la Vallée du Rift, traverser la savane, convergeant vers le Nord, vers Eusi Upepo wa Mlima, la Montagne du Vent Noir se dressant dans les montagnes d’Aberdare, au nord du Mont Kenya. Dans le même temps, des rumeurs ont fait état d’une recrudescence d’enlèvements de femmes et d’enfants dans les villages reculés. La Langue Sanglante devient de plus en plus arrogante, forte de la puissante sorcellerie de sa prêtresse nandi M’Weru, initiée du fer et d’une magie capable d’appeler les bêtes des « Autres Côtés ». Elle réside dit-on au sommet du volcan, présidant à d’effroyables cérémonies au cours desquelles le Dieu Sans Visage apparaitrait à ses fidèles. Un dieu si horrible que sa vue amène la folie chez ceux qui le contemplent dans toute son atroce majesté. Tout porte à croire qu’approche la Naissance de l’Enfant, mi-homme mi-dieu, prophétisée de longue date par le Culte de la Langue Sanglante. Okomu décide de leur permettre une entrevue avec son maitre, le Vieux Bundari, qui ne quitte jamais l’enceinte de la boma de sa hutte d’homme-médecine.

S’enfonçant dans l’obscurité poussiéreuse d’un couloir en colimaçon menant vers le centre de la hutte de torchis, dans la quasi-obscurité, les étrangers sont intimidés par les murs constellés de symboles ésotériques, de fétiches et de masques grimaçants. Enfin, à l’issue de ce périple initiatique, ils accèdent au centre de la hutte pour découvrir la vieille carcasse décharnée d’un vieux kikuyu aux cheveux blancs, couvert de bijoux et de fétiches de bois, de cuir ou de cuivre. Assis en tailleur sur une natte, le vieillard  est entouré de diverses boites en bois ornées et de calebasses sculptées emplies de substances insolites. Avec un infini respect, le jeune Okomu leur intime de s’asseoir en silence, tandis qu’il entreprend de masser les jambes noueuses du vieillard, comme pour lui éviter des escarres , ne peut s’empêcher de remarquer Simons. Eclairés par quelques chandelles de suif malodorantes, dans une quasi-obscurité et une chaleur vite étouffante, les investigateurs ruissellent, contraints à un silence de plus en plus pesant, à mesure que s’allongent les heures. L’attente interminable a raison de l’endurance de Gordon Lewis, qui s’assoupit comme une masse.

Au bout d’un calvaire de plus de 7 heures, le vieil homme, que l’on aurait pu croire mort sans les soins prodigués régulièrement par son apprenti, ouvre les yeux, fixant directement les nouveaux venus d’un regard pénétrant. Chacun prend conscience d’une présence qui soudainement emplit l’intérieur de la case.  Tous éprouvent la sensation inquiétante que quelque chose habite soudain l’enveloppe décatie du vénérable murogi, quelque chose d’infiniment plus grand et plus puissant que son corps frêle, électrisant l’air autour d’eux. Une impression troublante que Simons se souvient avoir pour la première fois ressentie à proximité d’Omar Shakti, dans les geôles sous le Sphinx. Okomu prend la parole, semblant traduire la pensée non énoncée de son maître. Tout en les jaugeant de son regard d’une intimidante intensité, après de brèves  présentations, Bundari explique qu’il est à la fois de son devoir et son fardeau de parcourir « les lisières des Autres Côtés, par delà la Réalité qui est la nôtre, afin d’empêcher Ceux qui y résident de s’y infiltrer« . Là bas, Bundari a vu et appris bien des choses. Il sait notamment que Ceux Qui Ont Donné Leur Chair au Dieu, ceux qui adorent le dieu sous d’autres masques, convergent pour assister à la naissance de la chair de sa chair, enfantée dans la matrice d’une femme mortelle et destinée à être accouché par la Grande Prêtresse de la Langue Sanglante. Cet évènement surviendra bientôt, très bientôt, « au moment même où le jour s’apprêtera à triompher de la nuit, les ténèbres voleront la lumière et l’Enfant-Dieu hurlera au sommet de la MontagneTout comme le Dieu de la Langue Sanglante, Celui Qui Hurle Dans Les Ténèbres, se dresse sur trois jambes, cette Naissance constituera l’un des trois piliers sur lesquels sera bâti l’édifice de la Fin des Temps« . Cela doit être empêché, quel qu’en soit le prix … et un prix il y aura à payer. Si le Vieux Bundari se bat de l’Autre Côté, les étrangers sont eux destinés à arpenter les sentiers terrestres menant vers la Montagne. Les magie tribales y sont malheureusement impuissantes, car, d’après le vieux sage, la Montagne du Vent Noir n’est pas de ce monde, « elle est comme une écharde purulente des Autres Côtés, enkystée dans la terre kenyane« .

Cependant, Bundari ne les laissera pas partir totalement démunis et leur confie deux cadeaux. Au docteur Simons, plutôt dubitatif, un chasse-mouche traditionnel en crin de vache, qui « permettra à celui dont les yeux sont grands ouverts de mieux voir le Mal, de mieux le comprendre et de mieux résister à ses enchantements« . A Mary, une petite cage en rotin recouverte d’une peau de chèvre, dissimulant un hideux petit lézard tricorne, aux yeux globuleux. Il s’agit de Celui Qui N’Est Pas Ce Qu’il Paraît, un précieux ami qu’il convient chaque jour de nourrir scrupuleusement de mouches dont il raffole. Si d’aventures, ils devaient se retrouver en grand danger durant leur périple, ils pourront une fois libérer Celui. Le libérer et courir, loin…

Peu rassurés par leur étrange fardeau, les blancs quittent le singulier vieillard, déstabilisés et bousculés dans leur certitudes d’occidentaux scientistes. Sur la route du retour, ils discutent longuement du trajet à suivre jusqu’à la Montagne du Vent Noir. Selon Lewis, deux chemins s’offrent à eux: le plus rapide consisterait à traverser la plaine vers le nord en direction des reliefs,  un itinéraire de deux jours  et demi à trois jours et demi selon que l’on y va à pied ou en automobile. Le second est nettement plus long. Il suppose de partir vers l’ouest afin de gagner directement la chaine d’Aberdare pour remonter vers le nord dans les reliefs, sous le couvert de la forêt pluviale. Un chemin plus ardu mais nettement plus discret, contournant les villages indigènes et évitant la savane ouverte où les espions de la Langue Sanglante pourraient les repérer de loin. Si l’on s’en réfère aux paroles de Bundari, le temps est compté. Le Rituel de la Naissance aura sans doute lieu la nuit du Solstice d’Eté, une nuit coïncidant  avec une nouvelle lune, moment où symboliquement les Ténèbres, sur le point d’être vaincues par la lumière, gagneront en puissance, annonçant le début de la Fin des Temps… soit huit jours à peine, avec O’Rourke hors combat pour des semaines. Ils décident de demander à Kenyatta de les mettre en rapport avec un guide susceptible de les mener vers la Montagne, tout en lui confiant leurs documents les plus précieux dans l’hypothèse où ils ne reviendraient pas vivant de leur confrontation avec M’Weru et ses sbires.