Ame tourmentée du Grand DésertGrogan

Perdu seul dans les décombres d’un camp de mineur ayant connu de terribles évènements, cette figure tragique et émaciée d’un drame aux relents surnaturel hante ces lieux désolés, au propre comme au figuré …

Ainsi donc, les investigateurs américains découvriront non sans frissons  au petit matin que les histoires de revenants que se racontent les prospecteurs  dans les bouges des villes frontières australiennes ne sont pas que des légendes de l’Outback …

 

Le témoignage de Grogan:

« J‘sais plus trop à quand ça r’monte… des années j’crois bien. J’étais dans la mouise quand j’suis tombé sur c’yankee qui prétendait avoir la carte d’un filon, un filon fabuleux, dans l’est, dans l’ Désert. L’type semblait pas franc du collier, mais tous les patrons sont comme ça… Il cherchait des mineurs et il payait une prime d’engagement, cash, comme ça sur l’champ, alors pour sûr qu’j’ai signé ! L’a engagé pas mal de gars, au moins une vingtaine. On était tous d’accord qu’il était cinglé, et qu’on bosserait jusqu’à ce qu’il ait plus rien à mettre dans la gamelle, après quoi on r’plierait le camp et on r’tournerait à Cuncudgerie. C’est comme ça l’boulot, un contrat, pis un autre…

Le Yankee s’appelait Carver…John Carver, ouais, c’est ça… il nous a emmenés ici où il n’y avait pas la moindre chance de trouver de l’or, surtout pas dans une veine de quartz et il nous a fait creuser à un point précis. Comme sil était sûr de son fait, ouaip. « Mes recherches ne laissent aucun doute » qu’y répétait encore et encore. et nous ça nous f’sait bien rigoler.  On f’ait bien gaffe à c’qui nous paye, jour après jour, parce qu’on savait bien qu’il allait boire la tasse, le Yankee. Et on est descendu dans l’sable, puis les sédiments, puis la roche. Mais le gars a fini par être à court d’argent. Pas de paye, pas de travail, on était tous d’accord là dessus. du coup on s’est tous aussi en attendant les camions de ravitaillement qui devaient venir de Cuncudgerie la s’maine d’après pour repartir. Pendant c’temps là, l’amerloque l’est d’venu bizarre. Y marchait dans l’désert tout seul, et y f’sait comme si y parlait avec des trucs invisibles, avec des gestes et tout ça. Puis il a disparu pendant toute une journée et l’début d’un autre, même qu’on croyait qui s’était fait mordre par un fichu serpent. quand il est rêvent, ses yeux y z’étaient fous et mauvais. « Il y a un moyen » qu’il a dit. « il y a un autre moyen et notre seigneur me l’a montré. Partez si vous le voulez, vous ne m’êtes plus d’aucune utilité désormais« . Là, un des lascars a parlé de toucher un bonus pour tous les jours passés à attendre les camions, comme quoi c’était d’la perte sèche pour nous et plusieurs autres ont eu des mots pas très chrétiens avec le Yankee si vous voyez c’que j’veux dire. Pour le coup, ça lui a pas du tout plu, au Yankee, mais faut dire que c’tait pas faux, c’camp c’était pas vraiment un hôtel pour sûr. Carver, ça l’a rendu fou. il a gueulé tous les gros mots de la création. il a pris un sale air et il  a dit « Puisque c’est ainsi, je vais m’assurer que vous partiez au plus vite, tous autant que vous êtes ». c’est bizarre mais ça sonnait comme une menace. Qu’est-ce qu’y pouvait faire tout seul ? Pourtant, j’sais pas pourquoi mais ça m’a un peu mis mal à l’aise…

Il est r’parti tout seul dans l’désert. Cette nuit-là, j’me suis fait pincer à tricher aux cartes et deux gars m’ont poursuivi dans la rocaille pour me faire passer l’envie, jusqu’à c’que j’les sème. Alors que j’rejoignais discrètement le camp, j’ai vu carver dans l’noir qui faisait des gestes bizarres en haut de la crête. et là, j’le jure sur le Bon Dieu, j’ai cru distinguer un instant une sorte grande chose avec des serres comme des câbles, qu’est jailli de l’obscurité. Elle a détruit le camp et massacré tout l’monde dans un raffut de tous les diables. Parole, j’ai cru qu’a’était un diable vomi d’l’enfer. Quand les gars y z’ont compris qu’les fusils ça lui f’sait rien, ils se sont mis à hurler comme des damnés, comme des animaux piégés…Seigneur, j’avais jamais entendu rien d’pareil. alors j’me suis dit que j’préférais crever de soif dans l’désert plutôt que me faire arracher l’âme du corps. et j’suis parti en courant. après j’me souviens pas bien… j’crois que j’me suis allongé à l’ombre d’un rocher pour crever peinard mais en fait ça m’a plutôt r’mis d’aplomb. j’crois qu’h’ai dormi pendant des jours. C’est c’putain de clébard qui m’a réveillé, j’crois. C’est comme ça que j’suis revenu ici et que je suis débrouillé pour survivre en attendant qu’les camions y r’passent… »