MoN HustonDescription physique :

Un épais manuscrit de plus de 600 pages, portant le titre et le nom de son auteur Robert Huston, en page de garde. Le gros de l’œuvre est couché sur du papier à lettre standard (21 cm par 27,5 cm) de bonne qualité, avec une écriture fluide bien que resserrée. La qualité du papier diminue dans le dernier tiers et semble provenir de sources diverses, essentiellement en A4, probablement du papier d’origine locale.

Les pages sont numérotées et certaines portions initiales sont même datées (débutant en février 1920), bien que ce ne soit plus le cas au delà d’une centaine de pages. Parfois, de petits schémas d’objets d’aspect inhabituel sont dessiné dans les marges, la plupart du temps sans aucune légende ni explication.

Lecture superficielle :

D’après la couverture, le livre contient la sagesse philosophique du Dr Robert Huston. Ce dernier prétend avoir atteint une sagesse d’un degré jamais atteint dans l’histoire de l’humanité grâce à l’aide d’une entité mystique qu’il désigne sous le nom de « Syzygie Universelle » (qualifiée également de Cosmique ou de Divine selon les chapitres). La syzygie est à l’origine un terme décrivant l’union en symbiose de figures mythologiques, apparaissant notamment dans la tradition alchimique.

Les allégations de Huston sont difficiles à étayer tant le manuscrit est anarchique, emplis de digressions et inutilement abscons. Cela peut éventuellement être imputé si l’on en croit Huston à des lecteurs n’ayant pas réussi à transcender les schémas de pensées primitifs et de fait qui ne sont pas en mesure d’appréhender la vérité qu’il prétend révéler. Une autre possibilité est tout simplement que son auteur y épanche ses délires mégalomanes et grandiloquents. Au cours de certaines de ses longues digressions, il fait allusion à quelque « Grand Oeuvre» et aux activités qu’il poursuit dans ce but dans les profondeurs de la « Cité Oubliée de la Grand Race».

 

Lecture Approfondie :

Ce manuscrit rassemble l’ensemble de la « sagesse » compilée par le Dr Robert Huston, anciennement de New York. L’objectif évident en est de révéler à ses lecteurs la vérité concernant la Réalité, dont la compréhension humaine est irrémédiablement erronée, en raison de la psyché humaine fondamentalement malformée. Ce n’est qu’en transcendant ses processus de pensée primitifs, tout comme Huston prétend à de nombreuses reprises y être parvenu, que l’individu peut commencer à appréhender les vérités fondamentales et universelles régissant la réalité. Ce faisant, nous percevrons la réalité telle que les dieux la perçoivent, et ainsi deviendront leurs égaux.

Huston prétend avoir atteint ce stade de sapience grâce à l’enseignement spirituel d’une entité qu’il nomme « Syzygie Universelle », qu’il tente de définir comme une incarnation de la conscience de l’Univers, une sorte de proto-dieu à la sagesse et à la puissance illimitées dont la grandeur ne peut être entièrement embrassée par les esprits primitifs.

Au cours de l’histoire de l’humanité, l’existence de cette entité a été pressentie, de manière biaisée et incomplète, sous la forme d’une déité apparaissant dans la quasi totalité des cultures humaines. Huston fait référence au « Pharaon Noir » (parfois désigné sous le nom de Nephren-Ka, et plus rarement de Nyarlathotep), au « grand dieu cornu des sauvages kenyans », à la « vorace mère-amante des chinois » et même au « Père de Toutes les Chauve-Souris des aborigènes primitifs ». Huston prétend être le premier être humain transcendé par cette entité pour devenir le héraut d’un nouvel ordre cosmologique dont il serait appelé à être le maître séculier.

Malheureusement, le texte est quasi-incompréhensible dans son argumentaire qui ensevelit les preuves des allégations de son auteur sous un déluge de passages hagiographiques, de détails autobiographiques futiles, de considérations scientifiques pointues et de divagations sans fin au cours desquelles Huston dissèque telle ou telle culture humaine ou fait historique à la lumière de son génie « unique ». Bien que le mérite de ses analyses puisse être débattu, ces innombrables parenthèses n’aident en rien à étayer sa thèse initiale.

Disséminés à travers le manuscrit, on trouve des digressions et réflexions concernant la grande tâche dévolue à Huston et à quelques alliés rarement mentionnés (tous d’anciens membres de l’Expédition Carlyle, bien qu’il soit fait mention à plusieurs reprises à Ho Fong et une fois à Omar Shakti). Huston semble croire que certains rites collectifs combinés à diverses conjonctions astronomiques, dont une éclipse solaire, altéreront le tissu même de la réalité en un point bien précis situé dans l’Océan Indien. C’est en ce lieu transformé, que Huston appelle « le Grand Seuil », que la Syzygie Universelle pourra pleinement pénétrer dans notre monde, et se manifester physiquement pour étendre son règne sur toute chose.

La mission de Huston (qui malgré ses prétentions d’être au sommet, semble clairement œuvrer à l’instigation des alliés) est double. La première est de soutirer une expertise technologique à une entité arrachée par magie à un lointain passé pré-humain, un être qu’il décrit comme arrogant et capricieux.

Plusieurs chapitres du manuscrit font référence aux idées de Huston sur l’inconscient collectif, développées à partir des théories du psychologue Carl Jung concernant les archétypes. Au cours de ses années de pratiques professionnelles, Huston prétend avoir croisé la route de patients décrivant sur son divan de singuliers voyages oniriques dans des contrées fantasmatiques au symbolisme déroutant. Le plus troublant est que les rêves de ces patients, de conditions et d’origines diverses , sans aucun lien entre eux, présentaient des points communs, dans la thématique générale mais également jusqu’à des points de détails tels que des noms de lieux ou de personnages. Pensant avoir affaire à des réminiscences issues de lectures fantaisistes, Huston finit par échafauder l’hypothèse d’une sorte de niveau de conscience altéré, permettant à certaines personnes aux prédispositions particulières d’accéder à une sorte de couche mythologique archétypale, profondément inscrite dans la mémoire collective.

Poussant ses recherches, il en vint à s’intéresser à des croyances similaires que l’on trouve chez les aborigènes australiens. Leurs sorciers, ou wirrunens, affirment en effet pouvoir accéder à une sorte de dimension onirique qu’ils nomment Alcheringa. Ce Temps du Rêve constituerait une sorte de vision mythique du continent australien tel qu’il était avant la venue des européens. Selon Huston, les aborigènes, en raison de leur niveau de culture primitive, seraient plus proches de la mémoire collective originelle. De là, il se perd dans un délire où il pense pouvoir utiliser cet inconscient collectif pour remonter vers la conscience globale de l’humanité. Grâce à son intelligence hors-norme, Huston se voit en mesure de réaliser une synergie entre les pratiques rituelles d’un prêtre aborigène du culte de la Chauve-Souris des Sables nommé Jarnba, de la science d’un puissant esprit issu du passé dont la race maîtrisait le voyage spirituel et d’une puissante source d’énergie psychique enfouie dans les ruines cyclopéennes, pour activer une machine ésotérique. Le but ultime n’est rien de moins que  de remodeler la psyché de la race humaine dans sa globalité afin d’en devenir le maître, selon les désirs de la Syzygie Cosmique.

Sa seconde tâche consiste, en vue de l’ouverture du Grand Seuil, à préparer rituellement des statues au moyen d’enchantements et de sacrifices humains destinés à utiliser une partie de l’énergie en question pour affaiblir la trame de la réalité. La date finale est fixée au 14 janvier 1926.

Extraits

 « … la Folie est la marque des Dieux, La réponse aux murmures des secrets anciens , et la main invisible qui fait tourner le monde dans sa course désordonnée. A travers elle, j’ai vu par-delà les simples rêves et motifs, par-delà l’impétuosité de l’enfance et le chagrin de l’âge adulte, au delà l’analyse dont les autres hommes sont capables. En embrassant la folie, j’embrasse les dieux et règne grâce à leurs dons… »

De la perception humaine et des songes :

 « … bientôt les masses sortiront de leur torpeur. Leur sommeil empli de rêveries joyeuses touchera à sa fin. J’ouvrirai leurs yeux à la vérité et au pouvoir et régnerai par ma grande sagesse. Sombre est leur caverne où ils ne voient rien. Ils se pensent à l’abri, protégés des rayons d’une aube nouvelle. Mais malgré tout, la vérité vient à eux. Ils s’enterrent plus profondément encore mais pourtant l’eau s’infiltre jusqu’à eux, murmurant la vérité… »                                                                                                                             

«  … dans mon sommeil la femme vint à moi parlant des langues qui m’étaient inconnues . Pourtant, je la compris sans peine tandis qu’elle me guidait plus profondément encore dans mon rêve. J’ai rampé avec elle sous une roche immense et plate pour échapper au feu ardent du soleil. Là, elle entrouvrit une porte décorés de motifs dorés et de symboles scintillant de myriades de couleurs. C’est alors que je la reconnus. Alors qu’elle ouvrait la porte toute peur ou hésitation disparurent car j’étais sur le point d’accéder à la vérité, car telle était la volonté de mon Maître. Regardant par delà le seuil, mon esprit tournoya comme un oiseau dans le ciel. Les lois de la physique ne m’étaient plus d’aucun usage en ces lieux qui n’en étaient pas. Les directions comme les formes n’avaient plus aucun sens. Pourtant je descendais des strates non sous l’action de quelque force extérieure mais uniquement parce que tel était ma volonté.

Je me réveillai en nage, un serviteur à mon chevet. Il souleva un linge trempé de sang et c’est alors que je sentis le liquide chaud suintant de mes oreilles… »

« … c’est par la pure force de notre conscience collective qu’est agencé le monde tel que nous le concevons. Les hommes de science n’œuvrent pas à comprendre, ils s’efforcent d’imprimer leur faible volonté sur l’univers afin qu’il se conforme à leur compréhension limitée. Ö combien ridicules ils sont tous ! Ils ne voient pas que la volonté de la Syzygie Universelle est bien plus forte encore et qu’au-delà de sa volonté résident des Vérités plus puissantes encore, bien que je n’ose encore les évoquer… » 

«  … mais comment imaginer que ces gens aux occupations si diverses au delà de leur intellect honorable, puissent rêver de choses aussi similaires ? Ces figures, ces lieux féériques ou sinistres, ces cités merveilleuses et ces rivages enchanteurs qui semblent tisser la symbolique de leurs rêveries doivent bien tirer leur origine de quelque réservoir d’images archétypales profondément enfoui dans notre subconscient. L’esprit prosaïque se contenterait de balayer cela d’un revers de la main au moyen d’une explication rationnelle telle que des lectures oisives ou des réminiscences de contes jaillies de l’enfance. Mais pas un esprit aussi éclairé que le mien. Cependant, malgré toutes mes recherches, je n’ai jamais croisé de récits enfantins, fabliaux ou romans de gare évoquant quelque lointaine Celephaïs, pas plus que de sombre Inquanok ou de ruines de Sarkomand. En revanche, on retrouverait mention de leur Plateau de Leng dans les redoutables révélations d’ouvrages depuis longtemps mis à l’index tels que le « De Vermiis Mysteriis » de Prinn ou le sulfureux « Necronomicon »… Pourtant, aucun de ces patients n’avait d’appétence particulière pour l’ésotérisme. Qu’en penser sinon que Jung avec ses archétypes n’a entrevu que la partie émergée du gigantesque iceberg de la psyché humaine,  un véritable monde mental peuplé d’égrégores. Il n’y a qu’un pas… un pas de géant que je franchis en explorateur de cette conscience collective.  Je m’y enfoncerai comme d’aucuns dans les jungles ténébreuses des continents primitifs et j’en reviendrai en maître, fort de la compréhension ultime de la pensée humaine… »

« … et pourtant n’en va-t-il pas de même du rêveur, qui, éveillé croit fermement que le monde est ordonné et structuré, mais voit pourtant dès lors qu’il songe sa conception de la réalité mise à l’épreuve ? Désormais confronté à des preuves irréfutables que les postulats de base sur lesquels reposent sa vision de la réalité sont en fait erronés, le dormeur se débat et s’arque boute jusqu’à admettre qu’il ne peut gagner. Ce n’est qu’alors qu’il s’éveille en hurlant.

Ils appellent cela un cauchemar. J’appelle cela une vision. J’appelle cela la sagesse… »

Des emplacements du rituel 

« … ma douce Hypathia , Promise de notre Maître. Quel immense honneur est le tien de porter dans ses entrailles l’Enfant Divin! Sur ton trône de la Montagne du Vent Noir, tu gémis dans la lumière de la vérité. Ta souffrance est le lait auquel s’abreuve l’Enfant et nul doute que tu le nourris bien… »

«  Trois points, la Cité, la Montagne et l’Ile. Toutes trois s’uniront en chantant Ses louanges lorsque sera venu le moment. Sa musique jouée sur les partitions rituelles écrites à l’encre du sang et de la chair, sera la symphonie d’illumination annonçant Son règne, Mon domaine et la fin de toute ignorance… »

Du 14 janvier 1926

«  Le jour de l’éclipse adviendra et ensemble nous ferons jaillir des Ténèbres une nouvelle Lumière. Penhew insiste pour que nous utilisions des chronomètres afin que nous soyons synchronisé, mais l’heure nous sera révélée. Ses limites sont les bornes de son ignorance. Il insiste pour fixer la date au quatorzième jour de l’année mille neuf cent ving six après l’avènement du soi-disant fils de dieu. Il est de bon présage que le Seuil s’ouvre au mois de Janus, le Dieu des Portes… Seul moi ai saisi cette connexion, et non cet arrogant cataphile s’abreuvant aux eaux souillées du Nil. Qu’il se soucie donc de sa précieuse machine. Pendant que les Porteurs de Gourdins enverront le bétail hurlant dans les gouffres de la folie, les Dieux de Pierre déverseront leur énergie vers le Dôme. Alors la porte s’ouvrira. Par MA volonté j’accoucherai la Vérité ! »

Du Temple Pourpre et des statues

«  … bien avant que nous l’ayons exhumé, j’avais visité le lieu au cours de rêves et de visions envoyés par les messagers du Maître Cosmique. Maintenant je l’ai contemplé de mes yeux et vu son pouvoir. Je serais bien fou de laisser gâcher pareille puissance. Je sens qu’il y a là comme une sorte de proto-conscience assoupie dont les songes pourraient bien être à la source même des visions des sauvages de ce pays. Si je parviens à dompter cette énergie, alors ce sont les visions de l’humanité toute entière que je serai à même de remodeler à ma guise ! Les statues seront les calices, le dôme un réceptacle au-delà de la compréhension humaine mais ses mystères ne me résisteront pas … »

Du dispositif mental

«  … cela a l’air si simple, une couronne de filaments de cuivre entourant le sphéroïde de cristal. Bien qu’alimentée par l’électricité, on dirait que ce n’est pas là que réside la vraie puissance de la machine. Si parfaite ! La science défaite par une astuce aussi simple ! Je vois le changement derrière ses yeux lorsque je le réveille. Il a saigné par les tympans. J’ai épanché cela au moyen de gaze mais quelque défaut de son cerveau eut bientôt raison de lui… peu importe, nous avons d’autres sujets d’expérimentations… »

Des armes à foudre

«  … il fallut recourir à plus de contrainte mais il finit par me montrer l’appareil et m’en expliquer la fonction. Nul autre que moi, préparé par mes songes, ne pouvait croire à l’existence d’une telle chose. Je supposais qu’il s’agissait d’une arme puissante et j’avais raison en tous points. Cet appareil contient une des plus puissantes forces de la nature. Le tonnerre et la foudre obéissent à ma volonté et tel Zeus je châtie mes ennemis. Je me suis rendu jusqu’à la grande chambre pour tester son efficacité sur les humains. Ils ont grillé rapidement, en offrant bien peu de résistance, comme dans mes visions… »

«  … après davantage de travail, l’arrogante créature me dévoila les schémas de conception grâce auxquels je pourrai en créer une moi-même. La facture en est complexe, mais cela ne saurait constituer un obstacle. Les autres m’ont amené les matériaux et l’honneur me reviendra d’assembler l’objet. Ah ! Même le plus « doué » des scientifiques n’aurait pu concevoir une telle chose … quelle gloire que de contrôler les éléments ! « 

« … il me dit que les Choses qui Sifflent et Susurrent dans les ténèbres et lui inspirent si grande crainte fuient devant le pouvoir de l’appareil. J’ai dépêché un groupe pour en traquer un et le tester, enseignant à Sullivan comment les attirer. Comme ils brûlent ! Les survivants m’ont rapporté que plusieurs tirs avaient été nécessaires mais que les engins étaient d’une redoutable efficacité. J’ai examiné les restes et conclus qu’une fois armées, mes troupes balaieraient toute opposition. Nul ne me résistera, pas même le Fléau des Bâtisseurs de la Cité. Je vais m’employer à poursuivre les tests… »

Du Yithian

« … j’ai accompli le quatrième sacrifice à l’Intemporelle et Universelle et fait appel à elle sous son nom de Nyarlathotep. Ce soir, je rêverai du néant et je ressentirai à nouveau son attraction. En songe, je le vois, tel que révélé dans les stupéfiants et providentiels écrits de l’archéologue australien et je l’atteins, le leurrant toujours plus près. Mon succès est imminent. Je l’arracherai à l’Abîme du Temps et le ferai plier sous ma volonté. Je conquerrai le temps tout comme j’étendrai mon domaine en tous lieux. Le Bâtisseur reviendra chez lui et sera mon esclave. Je le forcerai à m’enseigner comment les siens s’affranchirent de la perception étroite et linéaire du Temps dont notre espèce est pitoyablement prisonnière… »