tumblr_nsty17HEBN1ubt0x1o3_1280Description

Il s’agit d’un format in-octavo (12,5cm x 18,5 cm) en mauvais état. Ce petit ouvrage était originellement relié en cuir rouge mais en raison des médiocres conditions de conservation auquel il a été soumis, il s’est décoloré pour devenir marron clair.

Seules subsistent sur la tranche de légères traces des motifs en forme de losanges qui devaient orner sa couverture. Sur la tranche plate figure encore le titre à moitié effacé ainsi que le nom de l’auteur, bien que tous deux soient difficiles à déchiffrer sans un bon éclairage. Le bord des pages témoigne de signes d’usure, tandis que des marques extérieures suggèrent que le livre a récemment été abîmé. De nombreuses empreintes de doigts tâchés d’encre et de salissures apparemment due à de la terre apparaissent fréquemment dans les marges. La typographie est carrée et les nombreuses lithographies sont grossières. Bien qu’aucune date de publication ne soit mentionnée, le style de l’ouvrage fait penser au XVIIème siècle.

Lecture Superficielle :

Le livre prétend constituer le témoignage d’un certain James Woodville, gentleman du Suffolk, compilant ses songes et visions prophétiques. Le gros de l’ouvrage se concentre sur les tortures subies par Woodville aux mains de singuliers démons aux formes coniques. Occupant une part toute aussi important, des lithographies grossières décrivent toute une variété d’accessoires grotesques et de pratiques sexuelles déconcertantes inspirées par Dieu à l’auteur. Ce dernier les recommande en tant que méthode de protection contre les assauts du démon afin de ramener l’homme à l ‘état de pureté virginal précédant sa Chute du Jardin d’Eden. Bon nombre de ces images peuvent être considérées comme pornographiques selon les standards modernes, sans même parler de l’époque où le livre a été écrit. Le texte se conclut sur une longue prophétie annonçant coniques à une époque précédant la Création de l’Homme la destruction des diables coniques par de terribles êtres angéliques dépourvus de forme et le plus souvent invisibles. De même est annoncée une apocalypse future qui sonnera le glas d’une humanité ayant sombré dans le péché. La prose de Woodville est frénétique et salace, révélant ses obsessions et ne peut être que le produit d’un esprit dérangé.

Lecture Approfondie :

L’auteur prétend avoir été victime d’une étrange possession par un esprit démoniaque alors qu’il n’avait guère plus de vingt ans. Contrairement à d’autres cas répertoriés de possessions, l’esprit de Woodville aurait été transporté vers un autre plan, potentiellement l’Enfer ou la Terre avant la Création de l’Homme. Son âme, hébergée dans le corps d’un démon, aurait été torturée et interrogée à propos de sa vie et de ses péchés. Au même moment sur Terre, le corps de Woodville était possédé par un être diabolique. Ce dernier feignit au départ d’être Woodville mais fréquenta par la suite des occultistes et autres personnages de réputation douteuse. Il entreprit également de longs voyages, sillonnant une grande partie de l’Europe ainsi que certaines régions d’Asie voire embarquant peut-être vers le Nouveau Monde.

Woodville dépeint les démons et leur société avec force détails. La description qu’il fait de leur forme physique est des plus singulière, frôlant le ridicule, celle de grands cônes grands comme deux hommes, munis de deux appendices pourvus de pinces et d’une autre paire de bras, l’un se terminant par des yeux énormes, l’autre par des tubes semblables à ceux d’un orgue. Ils communiquaient directement, sans passer par la parole, et semblaient désirer que leurs victimes (parmi lesquelles Woodville) confessent leurs péchés, les couchant par écrits dans de grands livres triangulaires fait d’une matière inconnue.

Ils vivaient dans de vastes cités de pierre entourées d’une faune et d’une flore étrange et semblaient se considérer comme les maîtres du monde. Ils y régnaient en faisant usage de talismans et d’objets magiques dont des armes effrayantes. Ils ne semblaient craindre qu’une seule chose : les anges qu’ils avaient emprisonnés dans de grandes tours de basalte ou sous d’immenses portes de fer lorsque ces derniers avaient été déchus en Enfer bien des années auparavant. Ces anges y sont décrits tantôt comme des êtres invisibles tantôt comme étant dépourvues de formes mais toujours accompagnés d’une musique d’outre-monde. Les démons lui apprirent qu’avant le temps de l’Eden, les anges briseraient leurs entraves et dévasteraient l’empire démoniaque.

Woodville s’avéra incapable de se souvenir de ces évènements lorsqu’à l’issue de sa « possession », il revint dans son corps, bien des années plus tard. Se retrouvant amnésique, mais à la tête d’une fortune tout aussi considérable qu’inexplicable, il s’embarqua dans une longue période de débauche à travers le continent (il retrouva ses sens en Italie, où on lui appris qu’il parlait jusque là l’italien couramment). Au cours d’une de ses nombreuses bacchanales orgiaques, il fut frappé par des souvenirs soudains, suscité par la prise d’opium et l’extase des sens. Il entreprit alors de manière systématique des recherches érotiques afin de stimuler sa mémoire, après quoi il retourna en Angleterre pour y prêcher son évangile mêlant plaisir et contrition. Un de ses postulats de base en est que dans les affres de la passion, l’âme humaine ne peut être arrachée du corps par les démons et autres esprits malins, de sorte que ses diverses orgies n’ont ainsi d’autre but que de protéger l’humanité.

L’ouvrage se conclut par une prophétie apocalyptique extatique, annonçant que lorsque la Bête se lèvera au Ponant en son royaume de Reliah, rejointe par une légion de démons allégoriques, elle sonnera le glas d’une humanité rongée par le péché. Une profusion de lithographies naïves matérialise les nombreuses descriptions vagues et contradictoires de Woodville.

En dépit de sa faible qualité stylistique et iconographique, le livre offre une lecture dérangeante, notamment en raison de son contenu sexuellement explicite, mais également à cause des descriptions des attributs inhumains de ses démons et de leur royaume. Bien qu’étant le fruit d’un esprit malade, ses divagations obscènes n’en présentent pas moins une troublante cohérence.

Citations

 « … et je vis que Celui qui se tenait devant moi, engeance issue des puits infernaux, avait la semblance d’un grand cône, plus haut que la tête d’un cheval. En ses extrémités , quatre membres en tous points pareils à des serpents. Deux étaient armés de griffes en leurs extrémités, à celle d’un crabe pareilles et une autre était pourvue de nombreuses trompes et le dernier enfin était orné de plusieurs yeux énormes, du même rubis que le sang ourlés de myriades de barbelures. Alors que je tendis le bras pour abjurer le démon il me fut révélé que ce que je voyais devant moi n’était autre que mon propre reflet dans un vaste miroir, car voyez-vous lecteur, le démon avait pris mon visage et ma forme et m’avait affligé des siens… »

« … sans borne était ma dévotion et je m’employai sans entrave à la tâche d’exhumer le don de mes prophéties de la tombe de mes songes. Consommant plus de vin que de raison, je connus à la manière française une Catalane rubiconde, avec moultes satisfactions, puis une Italienne, également parmi les servantes de mon hôtesse. Je lui enseignais avec force détail comment se garder des esprits démoniaques, et bien que je ne connus point sa langue, elle partagea généreusement ses connaissances avec moi. Tout comme la semence de Lot fut portée dans un calice souillé et pourtant demeura pure, ainsi en va-t-il de l’Homme qui en se vautrant comme les Bestes, repoussera les Inquisiteurs Démoniaques comme la Fumée chasse les abeilles… »

« … sachez bien que lorsqu’adviendra l’Heure du Jugement et que notre Seigneur reviendra, nombreux seront les signes. L’astre lunaire sera ensanglanté et portera la marque de Satan à la langue écarlate. La Bête s’éveillera au Ponant et sa Cité surgira des flots. Reliah sera le nom de son Royaume, et sa venue sera sur les lèvres de tout homme, qu’il fut le païen Mahométan ou Hindou ou le pieux Chrétien. Lorsque s’avancera la Beste depuis sa Cité impie, la Lune sera déchirée par la Putain de Babylone, Mère du Blasphème et de la Corruption, et les Anges apparaîtront en bien des lieux, pour porter les âmes des Vertueux en des calices d’argent vers le trône du Tout-Puissant… »