Poursuivant leur exploration, après une halte de quelques heures dans un silence des plus absolus, les Investigateurs finissent par tomber sur des traces d’activités humaines, sous la forme de lignes d’ampoules électriques reliant des sites d’excavation archéologique, alors que dans le lointain se répercutent les échos du ronronnement d’un groupe électrogène .  Ils ne tardent pas à repérer une lueur approchant dans les ténèbres et parviennent à tendre une embuscade à un mineur à moitié fou, charriant du matériel et du carburant, qu’O’Rourke achèvera discrètement à l’insu de ses compagnons, une fois qu’il leur aura révélé « qu’ici se trouvaient des choses qu’ils ne pouvaient comprendre, la bouche de l’enfer, dont ils ne réchapperaient pas. »

Suivant prudemment les lignes électriques, ils tombent sur une place aux proportions gigantesques où se dresse un édifice récent bâti de planches et de tôles, dont le rez-de-chaussé abrite des hommes apparemment morts. En fait, ils s’avèrent en fait être plongés dans une profonde catalepsie dont rien ne semble pouvoir les tirer. Une vison bien pire encore les attend au-dessus, où s’entassent de malheureux aborigènes plus morts que vifs, déshydratés et affamés, parqués dans des cages aux serrures étonnamment complexes. Malgré leurs supplications, le coeur serré, O’Rourke referme la porte se promettant de revenir les délivrer, sans pouvoir être sûr de tenir pareil serment. Le dernier étage de la bâtisse de bois s’avère être le repaire du mystérieux John Carver, en fait nul autre que Robert Huston, le psychologue new-yorkais de l’expédition Carlyle. Bien que pris au dépourvu, l’homme censé avoir péri au Kenya six ans auparavant ne semble étonnamment guère surpris de les voir. Avant qu’il n’ait pu engager la conversation ou pire, user de quelques maléfices, il tâte de la crosse d’O’Rourke. S’assurant de l’avoir neutralisé, et après lui avoir fait boire, par sécurité, une infusion copieusement assaisonnée de drogue somnifère trainant dans la pièce, ils entreprennent de compulser les documents préhistoriques exhumés par Huston.

Une découverte fracassante les attend…

Si certains des étranges documents, manifestement exhumés de strates remontant à la plus ancienne préhistoire, sont rédigés dans des alphabets inconnus, ils ont la stupeur de tomber sur d’autres écrits tout aussi anciens couchés dans des langues humaines, telles que le grec, l’arabe, le latin ou encore le chinois mais également l’anglais. Et au milieu de ces derniers, Dodge est frappé par une vertigineuse révélation en reconnaissant une calligraphie qui lui est bien trop familière. Là, noircissant des pages et des pages d’étranges rouleaux arrachés à la poussière des éons, ces lignes hypnotiques sont incontestablement tracées d’une écriture reconnaissable entre toute, bien que surdimensionnée … la sienne.

Vacillant sous le choc ontologique de l’insupportable vérité, l’australien tremblant découvre, page après page, une chronique de sa vie, son temps, mais également le récit de du périple de ses compagnons, de leurs luttes contre le vaste complot  menaçant l’humanité, complot devant les mener jusqu’en Australie enquêter sur des rumeurs de ruines dans l’Outback…

Pendant ce temps, O’Rourke met la main sur des plans du site archéologique, mais également sur une imposante monographie rédigée de la main même de Huston, Les Dieux de la Réalité L’ouvrage rédigé dans une prose grandiloquente semble détailler sa vision délirante et mégalomaniaque de l’univers, de même que les plans apocalyptiques ourdis en ce lieu inconcevable…

Etudiant les plans, ils y découvrent qu’il  y est porté mention de  divers lieux importants aux noms sinistrement évocateurs, tels la Place du Dôme Pourpre, la Nurserie ou encore les quartiers d’un prisonnier retenu dans une autre partie de la Cité non-humaine… S’y rendant, les Investigateurs découvrent un laboratoire que ne  renieraient pas les savants fous des romans pulps, encombré de machines étranges . Ils parviennent à neutraliser une sorte de champ de force généré par un dispositif technologique reposant sur des concepts inconnus de la science, mais dont la facture étrange évoque indubitablement les étranges pièces mécaniques rencontrées à plusieurs reprises. Si le captif semble être un frêle adolescent aborigène, son regard trahit une intelligence n’ayant rien d’humain. Le coeur serré, l’esprit vacillant au bord du gouffre sans fond de la folie, Dodge réalise à qui il a affaire au moment où dans un anglais des plus oxfordien, l’Etranger s’adresse à lui en usant de son nom…

Ayant revêtu la chair d’un enfant autochtone comme il avait récemment investi celui de Dodge,  jailli de l’abime du temps, se tient devant eux l’un des bâtisseurs de la Cité…

En effet, l’Entité leur révèle appartenir à la Grand Race de Yith, peuple non-humain en mesure de se projeter en esprit à travers les méandres du Temps. C’est ainsi qu’ils colonisèrent notre planète en des temps très reculés, prenant possession des enveloppes d’êtres semi-végétaux vivant à cette époque pour édifier leurs cités et prospérer dans les jungles fumantes de l’ère Primaire. C’est également de cette manière qu’ils comptaient se projeter dans un lointain avenir, aux derniers jours de la Terre, sous un soleil agonisant, dans les corps d’êtres insectoïdes,  longtemps après la disparition de l’Homme, afin d’échapper semble-t-il à l’extinction face au terrible péril jadis banni dans les tunnels basaltiques scellés sous Pnakotus.

Or un évènement imprévu, dans la myriade des possibles, semble avoir altéré le flot du Temps, une singularité obscurcissant totalement leur vision de l’avenir et menaçant par là-même le Grand Plan de survie de son espèce. En effet, au cours de sa captivité accidentelle dans le lointain passé de notre Terre, l’hominidé David Francis Dodge avait couché par écrit de troublantes confessions. Ses révélations laissaient à penser que tout ceci  pouvaient être corrélé à des activités humaines, en l’occurrence des fouilles survenues à l’aube des années 20, dans ce qui ne pouvait être que les vestiges de Pnakotus, capitale de la Grand Race.

Avec la froideur clinique d’un esprit supérieurement intelligent doté de facultés dépassant de loin celles de singes bipèdes l’ayant délivré, le Yithian explique avoir été capturé par l’humain Robert Ellington Huston alors qu’il tentait de se projeter en 1920, en amont de sa rencontre fortuite avec l’archéologue australien, pour mener plus avant l’enquête sur ce qui se tramait dans les ruines de sa Cité. Dès lors, il avait été contraint des années durant de collaborer aux projets démentiels de son ravisseur, révélant les secrets scientifiques de son peuple ainsi que ce qu’il savait, notamment de la venue d’un petit groupe qui viendrait, cinq ans plus tard, boucler la boucle inconcevable dans l’intention naïve de mettre un grain de sable dans l’engrenage vertigineux amorcé à leur insu des millions d’années auparavant…

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