Chapitre IV: LE KENYA

Mardi 26 mai 1925 – Samedi 6 juin 1925, Mer Rouge, Océan Indien, Mombasa: Le navire franchit le Canal de Suez pour faire escale à Port Soudan avant de croiser au large de l’Erythrée. Après une seconde escale à Djibouti, dans le Golfe d’Aden, ils contournent le Somaliland avant de longer les côtes kenyanes. Pendant la traversée, Simons et Sanger se reposent, tentant d’oublier les horreurs égyptiennes tout en songeant à celles qui les attendent en Afrique, au Coeur des Ténèbres comme l’écrivait Joseph Conrad… O’Rourke s’acharne quant à lui à déchiffrer les annotations de feu Charles Finley afin d’apprendre à son tour à Invoquer le Nom Secret du Sultan des Démons… Après une traversée sans histoire, les Américains accostent à Mombasa, sur la côte kenyane, là où l’Expédition Carlyle a officiellement connu son tragique épilogue et là où l’enquête de Jackson Elias a commencé… (Compte rendu détaillé)

Dimanche 7 juin 1925 – lundi 8 juin 1925, Mombasa: Après avoir un instant caressé l’idée d’aller fureter du côté de l’entrepôt d’Aja Singh sur le Bassin Kilindini, ils préfèrent ne pas risquer de mettre « un coup de pied dans la fourmilière », craignant d’une part la taille des éventuelles fourmis africaines et d’autre part de compromettre leur seule porte de sortie du Kenya. Ils mettent à profit les jours suivants pour préparer leur expédition africaine en faisant l’acquisition d’équipement, d’armes et de matériel médical tout en réservant des billets de train et des chambres à l’Hôtel Hampton de Nairobi.

Mardi 9 juin 1925: Chemin de Fer Ougandais: Embarquant au petit matin sur les quais bondés de la gare de Mombasa, les trois américains s’installent dans le confortable wagon de queue réservé aux Blancs pour un voyage de plus d’une quinzaine d’heures vers les hauts plateaux. Au fil des heures, ils ne peuvent s’empêcher malgré leurs récentes épreuves de s’émerveiller devant les nombreux troupeaux d’antilopes, de zèbres ou de girafes traversant l’immensité de la savane africaine dominée par la silhouette majestueuse du Mont Kenya. Au cours de la nuit, ils sont réveillés les cris de stupéfaction de passagers admirant deux étranges lucioles de flammes longeant le train. A l’émerveillement succède l’horreur quand les deux flammes s’engouffrent dans le wagon, manifestant une intelligence maligne, alors qu’elles attaquent les trois investigateurs, provoquant un début d’incendie et un mouvement de panique. Face au péril, O’Rourke décide à contrecoeur de « combattre le feu par le feu » comme le préconisait Finley et parvient à tenir les entités ardentes en respect en invoquant le Nom Secret du Sultan des Démons, le temps de s’emparer de seaux de sable ou d’une marmite dans le wagon restaurant afin de les détruire. Durant le combat, Mary est grièvement brûlée au bras en tentant de lutter contre un des vampires de feu. Après une heure d’arrêt en plein milieu de la nuit africaine, le temps d’éteindre l’incendie et de s »occuper des blessés, le train repart vers Nairobi. Epuisés, les deux hommes accompagnent Mary au Nairobi State Hospital avant de s’effondrer dans leurs chambres au Hampton.

Mercredi 10 juin 1925, Nairobi: réveillés par les chants d’oiseaux en début d’après-midi, Simons et  Finley retournent au chevet de leur amie et s’entretiennent avec le Dr Horace Starret qui les rassurent sur l’état de la jeune femme. Dans l’après midi, ils se rendent au locaux du Nairobi Star, afin de discuter avec Natalie Forbes-Smythe, une vieille fille un brin austère, au sujet de son entrevue avec Elias l’an passé. A la demande du Dr Simons dont le charme et les bonnes manières ne laissent pas la journaliste insensible, celle-ci évoque également ses souvenirs du passage de l’Expédition Carlyle, dont le massacre avait tant marqué la communauté blanche de Nairobi. Elle évoque ainsi la grande prestance de Sir Aubrey mais également sa dérangeante froideur, ainsi que sa propension à fréquenter des gens de couleur douteux, étonnante pour quelqu’un de sa condition. Elle dit avoir été marquée par la grande intelligence du Dr Huston et par le préoccupant penchant pour la bouteille du jeune Roger Carlyle. Enfin, elle relate les curieux malaises de la photographe new-yorkaise Hypathia Masters.  Fouillant les archives avec sa permission, le Dr Simons ne peut s’empêcher de remarquer combien Sir Aubrey Penhew semblait étonnamment rajeuni. Plus troublant encore, confirmant les souvenirs de Miss Smythe-Forbes, Miss Masters présentait les signes évidents d’une inexplicable grossesse d’au moins cinq ou six mois, en totale contradiction avec les rumeurs collectées par Mary Sanger à New York mais également avec les photos des journaux égyptiens, deux mois plus tôt. Le soir, les deux américains tentent de gagner leur entrée dans la bonne société coloniale en s’efforçant d’intégrer sans succès le Club de Gentlemen du Hampton.

Jeudi 11 juin 1925, Nairobi: En arrivant à l’hôpital Simons et O’Rourke surprennent une brute avinée malmenant l’infirmière lui barrant le passage alors qu’il tente de faire irruption dans la chambre de Mary. Le forcené hurle qu’il doit absolument parler à la jeune femme. L’irlandais intervient, et sa tentative pour maitriser le colosse hirsute tourne au pugilat. La brute rosse O’Rourke avant de se faire mettre au tapis par le Dr Simons passablement sonné. le médecin n’a pas le temps de réveiller son ami que deux robustes infirmiers interviennent, séparant tout le monde avant l’arrivée de la police. O’Rourke parvient à convaincre le Dr Starrett de le laisser parler avec le forcené, désormais entravé sur un lit d’hôpital. L’homme peste et exhorte O’Rourke à lui dire ce qui s’est passé à bord du train. En voyant les yeux de l’homme s’embuer à l’évocation des monstres de flammes, O’Rourke comprend que quelle que soit la tragédie l’ayant frappé, comme Faraz Najir en son temps, cet homme a eu affaire aux entités de feu. Il sursaute lorsqu’au moment où les sirènes de police approchent, son agresseur murmure quelque chose au sujet de la Langue Sanglante. Convoqués dans l’après-midi au commissariat de Nairobi, les deux américains apprennent que l’homme inculpé se dénomme Gordon Lewis. Il s’agit d’un guide de chasse dont la femme et les deux fils ont péri dans le terrible incendie ayant ravagé sa ferme il y a deux ans. Depuis, il a sombré dans l’alcool et n’a cessé d’avoir des démêlées avec les autorités , refusant d’accepter la tragédie. O’Rourke et Simons décident de ne pas porter plainte , au grand dam de l’Inspecteur Wilson. Lorsque Lewis est libéré le soir même, les deux américains l’abordent afin de discuter plus sérieusement autour d’un verre dans un bouge à la limite de la Ville Noire.

Vendredi 12 juin 1925, Nairobi: Retrouvant Gordon Lewis en sortant du Hampton, ils décident de lui payer des vêtements décents et une chambre d’hôtel au Norfolk, malgré ses réticences. Après une courte visite au chevet de Mary, Simons, O’Rourke et leur allié de circonstance se rendent à la gare afin de pouvoir parler à Sam Mariga, l’homme qui avait signalé le charnier aux autorités cinq ans auparavant. Le vieux kikuyu dissimule une certaine fierté derrière une façade de servilité feinte, visiblement méfiant envers ses américains désireux de remuer un passé qu’il serait bon de laisser enterré. Le Dr Simons se montre suffisamment convaincant pour qu’à défaut de révéler ce qu’il sait peut être sur le compte de la Langue Sanglante, il leur conseille d’aller parler à Kamau, à l’ACK. Après un court repas, les trois hommes se rendent donc aux locaux de l’Association Centrale Kikuyu, dans les ruelles sordides situées au delà du Bazar Indien. Ils y font la rencontre de Johnstone « Kenyatta » Kamau, un nationaliste kenyan au regard intense et au verbe affûté qui diffuse depuis ces locaux miteux des pamphlets destinés à réveiller la conscience des africains. Leurs allégations de sorcellerie et le rapport du tragique destin d’Elias suscitent un intérêt non-feint chez Kamau. De son enfance auprès de son grand-père murogi, un devin, Johnstone Kamau affirme avoir certaines prédispositions pour sonder le coeur des hommes. Percevant l’urgence et la sincérité de leur quête, il leur enjoint de revenir le lendemain s’ils veulent vraiment des réponses. En quittant le bazar, O’Rourke est persuadé d’avoir aperçu la silhouette enturbannée d’un indien qui semble les suivre depuis Mombasa, mais ne parvient pas à le retrouver dans la cohue bigarrée. Le soir, Simons s’entretient longuement avec le Dr. Horace Starrett afin de le convaincre de laisser Mary Sanger quitter l’hôpital. Après un repas permettant à la jeune femme de faire connaissance avec le forcené de la veille, le détective juge préférable de dormir sur le sofa, laissant le lit à Mary, proposant du coup à Lewis d’occuper la chambre initialement réservée pour la journaliste. Cette intuition va s’avérer providentielle puisqu’au beau milieu de la nuit, Simons, réveillé par un pressentiment, a juste le temps de se saisir de son revolver , manquant de se faire décapiter par un assassin revêtu de l’atroce masque de cuir de la Langue Sanglante. Au même moment, deux autres sicaires s’introduisent furtivement dans les deux autres chambres. Eprouvant des difficultés à trouver le sommeil en raison des bruits étranges peuplant la nuit africaine et ne dormant de fait que d’une oreille, les investigateurs passent à deux doigts d’être égorgés dans leur lit. La lutte est féroce. Tandis que le brutal Lewis tue son assaillant à mains nues, O’Rourke parvient à blesser le tueur masqué, qui l’empale de sa pranga. Alors que l’irlandais s’effondre sur le plancher entre la vie et la mort, Mary abat le sauvage à la lame ruisselante de sang d’une balle en plein coeur. Rameuté  par les hurlements de Mary, Simons fait irruption dans la chambre, bientôt suivi de Gordon Lewis. Le propriétaire de l’hôtel, Reggie Baines, constate l’ampleur du carnage précédant l’arrivée de la police, sirènes hurlantes. S’ensuit alors la litanie des questions et prises de dépositions tandis qu’O’Rourke est évacué vers le Nairobi State Hospital. Malgré la suspicion provoquée par la présence de Lewis, les faits semblent plaider pour les américains qui s’en tiennent à l’hypothèse d’un cambriolage…

Samedi 13 juin 1925, Nairobi et environs: Après une discussion  avec Johnstone Kamau, ils sont conduit hors de Nairobi jusqu’au petit village Kikuyu de Boyovu où ils font doivent longuement s’entretenir avec un jeune homme sec et cassant, Okomu. Une fois convaincu de l’urgence de leur quête celui-ci accepte de les laisser voir son maître, le Vieux Bundari, un puissant murogi. Après une attente interminable dans l’obscurité de sa hutte, ce dernier leur révèle les visions qu’il prétend avoir eues de l’Autre Côté, dans le monde des esprits qu’il arpente le plus clair de son temps. Il leur dévoile les plans de la secte, auxquels il les enjoint de mettre un terme, quel qu’en soit le coût. Néanmoins, avant de les laisser partir, il leur confie de précieux cadeaux censés les aider à faire face à la prêtresse de la Langue Sanglante. (Compte-rendu détaillé)

Dimanche 14 juin 1925, Nairobi: Dès le lendemain, guidés par Lewis, les investigateurs s’efforcent de rassembler le matériel nécessaire à leur périple à travers la chaîne d’Aberdare. Ils rendent une dernière visite à O’Rourke, qui bien que très faible à repris conscience et le mettent au courant de leur entrevue abec l’homme-médecine de Boyovu ainsi que de leur projet désespéré. Le soir, ils retrouvent Sam Mariga et décident de quitter la ville séance tenante , afin de s’éloigner de Nairobi vers l’ouest à la faveur de la nuit avant de bivouaquer dans la brousse.

Lundi 15 juin – mardi 16 juin 1925, plaines à l’ouest de Nairobi, contreforts de la chaîne d’Aberdare: Après une nuit difficile, emplie des bruits de la savane, les Investigateurs se remettent en marche, suivant leurs deux guide. Ils découvrent des paysages à couper le souffle bien que ce qui les attend au bout de la route n’assombrisse immanquablement le voyage. Lundi, en fin d’après-midi, une lionne jaillit des broussailles et manque d’emporter Mary avant d’être providentiellement abattue par le Dr Simons. Si d’autres fauves l’accompagnaient, le coup de feu les aura certainement faire fuite. Le campement est établi au pied des montagnes, à la lisière de la forêt. Le lendemain, la marche se fait plus difficile, le relief grimpant rapidement sous le couvert de la forêt dense et humide, dans une atmosphère nettement plus oppressante. Aucun incident ne vient émailler leur progression à l’exception d’une chute malencontreuse de Simons, se soldant heureusement par quelques mauvaises égratignures.

Mercredi 17 juin 1925, Monts Aberdare :  Poursuivant leur harassant périple dans les montagnes, ils croisent une cohorte de porteurs nègres menés par un chasseur belge manchot du nom d’Hubert Durenne, venant d’Ouganda, en route pour N’Dovu afin d’y remettre un prisonnier. Alors qu’ils montent un bivouac commun, ils réalisent que tous souffrent de mutilations. Leur méfiance est justifiées lorsque la situation dégénère en une lutte brutale révélant qu’il s’agissait là d’adeptes d’une secte particulièrement atroce. (Compte-rendu détaillé)

Jeudi 18 juin – samedi 20 juin 1925, Monts Aberdare: Le lendemain, à l’insu de Gordon Lewis, les Investigateurs américains et Sam Mariga débattent des chances de succès de leur expédition. Ne vaut-il pas mieux rebrousser chemin compte tenu de l’état du guide de chasse britannique ? Que faire du prisonnier de Durenne et sa cohorte de cannibales, plus mort que vif ? La discussion est tendue mais le Dr Simons et Mary Sanger refuse de considérer l’échec, au vu des enjeux. Il est même envisagé un instant d’abandonner Lewis. Au final, ils reprennent tous la route après que Simons ait euthanasié le malheureux nègre qui n’est jamais sorti de son coma. Les jours suivants sont harassants, les blessures requièrant une attention de chaque instant. Le retard accumulé à cause de la lenteur de Lewis contraint Mariga à renoncer à faire halte à N’Dovu. Parviendront-ils seulement à atteindre la Montagne du Vent Noir avant le Rituel de la Naissance ?

Dimanche 21 juin 1925, La Montagne du Vent Noir: Reprenant leur route, ils gagnent  bientôt la Lande Stérile, un endroit mortifère augurant des horreurs les attendant dans les entrailles de la Montagne du Vent Noir. En fin de journée, ils finissent par atteindre l’éminence sinistre, au pied de laquelle brûlent les centaines de feux de camp des légions de fidèles attendant le Rituel barbare de la Naissance. Empruntant l’abrupt sentier menant au repaire de la Langue Sanglante, ils s’enfoncent dans la gueule de l’Enfer après avoir affronté les sentinelles du culte. La salle du trône de M’Weru déserte les conduit ensuite aux cryptes funéraires des anciens prêtres de la secte venue d’Egypte, pour aboutir enfin à une caverne cancéreuse, épicentre de la malfaisance du culte. Là, dans les ténèbres, ils découvrent l’horreur qu’est devenue Hypatia Masters, réduite à l’état d’une matrice boursoufflée abritant l’hybride divin sur le point de naître. Un terrifiant combat les oppose alors à la prêtresse de la Langue Sanglante qui déchaîne de noires sorcelleries. Au cours de l’affrontement, le Rejeton de Nyarlathotep émerge des lambeaux du corps de sa mère avant d’être vaincu par les investigateurs. Jaillissant pour venger la mort de M’Weru et du Fils de Nyarlathotep, une sinueuse Horreur ophidienne noire comme la nuit entreprend de les tailler en pièces avant d’être mise en déroute, tandis que la Montagne du Vent Noir entre en éruption, en écho à la mort du fils du Dieu Noir. Eprouvés dans leurs corps et leurs esprits, ils fuient les représailles des adeptes et la colère du volcan. (Compte-rendu détaillé)

Lundi 22 juin – samedi 27 juin 1925, hauts plateaux kenyans:  S’éloignant de la Montagne, les Investigateurs renoncent à quérir de l’aide à N’Dovu, probablement tombé sous la coupe des adeptes du Vent Noir. Les blessures de Lewis s’étant sérieusement infectées, ils mettent le cap sur les plaines pour rallier le domaine d’un planteur blanc, dans l’espoir de mettre la main sur des médicaments. En dépit des efforts acharnés de Simons, Gordon Lewis décède sur la plantation où il est inhumé au cours d’une amère cérémonie en petit comité. (Compte-rendu détaillé)