Chapitre V: L’AUSTRALIE

6 août – 8 août 1925, Sydney, Australie: Débarquant à Sydney, après une escale à Fremantle, les trois survivants des horreurs africaines effectuent quelques recherches dans les musées et bibliothèques de Sydney à propos des mythes aborigènes et notamment  celui de la Chauve-Souris des Sables. Ils envisagent de prendre contact avec le professeur Cowles revenu à Sydney pour son congé universitaire. Heureux de les revoir, l’universitaire les invite chez lui le lendemain soir.

9 août 1925, Sydney: Au cours d’une discussion où ils tentent d’expliquer sans en dire trop les raisons de leur périple, Cowles leur en apprend davantage sur l’histoire du prospecteur McWhirr et de sa mystérieuse découverte. Il révèle être  en possession d’un carnet expédié par un géologue de Port Hedland, un certain Robert McKenzie. Le carnet contient un récit sinistre mentionnant les fameuses formations rocheuses que McWhirr estiment être des ruines datant de plus de 10 000 ans mais également l’attaque de leur groupe par des forces surnaturelles aux relents familiers pour les américains. Malgré un certain scepticisme, l’anthropologue leur présente un de ses élèves, le professeur David Dodge, un jeune archéologue australien spécialisé dans les cultures aborigènes, rompu aux expéditions dans le bush australien. Fasciné par la perspective de découvrir des ruines préhistoriques plus anciennes que tout autre vestiges jusqu’ici découvert par l’homme, Dodge accepte immédiatement de leur servir de guide.

17 août – 25 août 1925, côtes australiennes: Organisant un long voyage le long des côtes australiennes, ils embarquent  pour les Territoires du Nord et optent pour une première escale dans le port tropical de Darwin.

25 aout – 26 août 1925, Darwin, territoires du Nord: Sur place, ils décident d’aller enquêter sur la  « Randolph Shipping Co. », compagnie de frêt mentionnée dans les registres de la Fondation Penhew.  Le lendemain, en enquêtant dans les nombreux bouges de la ville, ils finissent par faire la rencontre d’un ancien employé aborigène de la Randolph, Johnny « BigBush », qui prétend en chuchotant, l’air aux abois, que des choses « peu chrétiennes » se trament dans les marais non loin de la ville, des choses inimaginables dans lesquelles tremperait son ex-patron, Todd Randolph. Sur la foi de ce témoignage leur rappelant les horreurs des Fens anglais, ils acceptent de s’y faire mener en camion à la faveur de la nuit, laissant le professeur Dodge hors de la confidence.

Mal leur en prend puisque l’expédition clandestine vire au traquenard quand, à la faveur d’un pont de bois branlant, leur guide saute du véhicule et précipite leur camion dans les eaux saumâtres infestées de sauriens. Échappant de peu aux mâchoires des crocodiles, les américains parviennent à éliminer le groupe d’aborigènes vélu vérifier qu’ils ne gêneraient plus personne.

De retour à l’hôtel où ils comprennent que le tenancier est complice, ils réalisent que leurs chambres ont été cambriolées tandis que Dodge n’est plus là. Écartant la pensée fugitive d’une trahison de l’australien, ils se rendent discrètement sur les quais afin d’aller visiter l’entrepôt de la Randolph où ils s’avère qu’ils sont attendus. S’ensuit un rude combat au cours duquel ils doivent faire face à un aborigène usant de magie noire les laisse victorieux mais en piteux état. En effet, Mary Sanger est atrocement brûlée par le sortilège du wirrunen de la Chauve-Souris des Sablestout comme O’Rourke quelques mois plus tôt face à Edward Gavigan lors de l’assaut de la Maison Misr.

Heureusement, Dodge est toujours en vie,  bien qu’ayant manifestement été questionné et torturé. Récupérant des registres et une caisse contenant de mystérieuses pièces mécaniques et optiques n’étant pas sans rappeler les trouvailles des entrepôts de Limehouse, ils repartent se cacher dans leur hôtel après s’être assuré de la collaboration du propriétaire.

Confrontés à la colère de l’archéologue australien, ils se voient dans l’obligation de répondre à ses légitimes interrogations et lui révèlent toute l’étendue de l’inconcevable conspiration contre laquelle ils se battent depuis maintenant plus de huit mois. Abasourdi, Dodge semble pourtant accepter la plus grande partie de leurs dires, à l’exception des aspects les plus « fantaisistes » de leur récit.

26 août – 9 septembre 1925, Darwin, Territoires du Nord: Tandis que Mary guérit lentement de la malédiction lancée par l’aborigène, Dodge entreprend d’assembler l’étrange machine récupérée à l’entrepôt, sorte d’hybride complexe de sextant et de télescope à la fonction plus qu’hermétique. Alors qu’il tente d’observer à travers les étranges lentilles, il est pris d’une attaque d’épilepsie  le laissant plongé dans un profond coma des heures durant. A son réveil, le Dr Simons réalise consterné que l´australien semble totalement amnésique. Les jours passant n’y font rien et le moral de l’équipe est au plus bas, O’Rourke s’abandonnant à la bouteille, tandis que Dodge passe tout son temps à lire consciencieusement tous les livres, journaux et guides locaux comme si il espérait y trouver la clé de ses souvenirs.

Son état ne s’améliorant guère, il est décidé que dès que Miss Sanger sera prête à quitter sa chambre, ils prendront le premier cargo en direction de l’ouest afin de rallier Port Hedland,qu’ils atteindront  après plus d’une semaine de traversée le long des côtes septentrionales de l’Australie.

10 septembre – 17 septembre 1925, Port Hedland : Petite ville portuaire industrieuse et poussiéreuse, Port Hedland constitue la porte d’entrée des collines aurifères de l’Outback occidental, une communauté aux relents de Far West, où se côtoient chercheurs d’or, éleveurs,  convoyeurs de bétail, commerçants et autres opportunistes flairant le vent des affaires.  Pourtant tous s’accordent à dire que les mines se tarissent peu à peu, obligeant à s’enfoncer toujours plus loin dans le Grand Désert du Pilbarra.

C’est là que suivant les conseils du professeur Cowles, ils prennent contact avec Robert McKenzie. Le géologue s’avère un hôte charmant,  prêt à les assister pour monter leur expédition dans l’Outback. Il se souvient également avoir été interrogé quelques années auparavant par un gentleman américain du nom de John Carver, apparemment intéressé lui aussi par l’histoire d’Arthur McWhirr. Le géologue trop confiant lui avait prêté les notes de McWhirr suite à quoi le mystérieux John Carver s’etait évanoui dans la nature. Heureusement, McKenzie avait eu la bonne idée de nôter les coordonnées des ruines étranges:22°3’14 » de latitude sud pour 125°0’39 » de longitude est, en plein cœur du Grand Désert de Sable.

De là, après quelques preparatifs, les quatre investigateurs s’apprêtent à prendre le train la semaine suivante, pour la bourgade minière de Cuncudgerie, aux portes du désert…

Si le long voyage en train à travers les vastes plaines kenyanes s’était révélé par moment enchanteur, le contraste avec le lent périple à travers le bush aride est saisissant. Nul montagne majestueuse ni troupeaux d’animaux gracieux pour rompre avec la poussiéreuse monotonie et la chaleur sèche du compartiment voyageurs. En revanche, malgré de singulières formes aperçues dans le ciel par Simons, nulle attaque de flammes vivantes cette fois…

18 septembre 1925, Cuncudgerie:  Noyé dans la poussière rouge, écrasé par un soleil de plomb, le terminus du chemin de fer donne plus encore que Port Hedland le sentiment troublant d’avoir effectué un bond dans le passé et de se retrouver au temps de la Ruée vers l’Or. La pittoresque Cuncudgerie baigne dans la même atmosphère enfiévrée de Tour de Babel ou de creuset cosmopolite où se bouscule le même ramassis patibulaire d’australiens et d’immigrés européens, le tout saupoudré de coolies asiatiques tentant d’éviter les ennuis et parfois, d’un rare aborigène assigné aux besognes les plus ingrates. Et encore et toujours le mélange entêtant des odeurs de machines, de gaz d’échappement des camions, du remugle du bétail et de la sueur, le long de rues de terre ocre-rouge, alignements branlants de bâtisses de planches et de tôles, entassements anarchiques de comptoirs marchands, négociants en or,  bars et  bordels où l’on peine à trouver l’honnête silhouette d’une église ou d’un temple, un rien incongrus dans un tel nid de pécheurs…

Après avoir établi leurs quartiers dans le bouge portant fièrement le nom de sa rustique patronne, Mrs Helen, les américains décident sous l’impulsion de O’Rourke d’aller s’humecter le gosier à la faveur de la fraicheur du soir. Alors qu’ils tentent de discuter de la suite de leur périple, Dodge est pris d’une nouvelle attaque d’épilepsie, au grand dam de la faune du troquet. Lorsqu’il se réveille, une heure après avoir été retransporté dans ce qui leur sert d’hôtel, ses premiers mots sont « … Si on tourne la molette, on devrait y voir mieux…« , avant de réaliser qu’il n’est plus à Darwin. Les investigateurs tout aussi abasourdis que lui réalisent que l’archéologue australien n’a aucune conscience de la douzaine de jours passés, comme un film de cinématographe dont on aurait coupé la bande. Il va sans dire que ce dernier est passablement ébranlé par cette révélation.

En attendant de pouvoir prendre livraison du materiel d´expédition, du ravitaillement et des deux camions Ford TT 1919 affrétés par le comptoir Barnett & Sons, ils tournent en rond jusqu’à ce que le détective ne se rappelle avoir vu des références à une adresse située à Cuncudgerie dans les registres de la Randolph Shipping Co. En effet, le nom d’un certain Mortimer Wycroft y apparaît à plusieurs reprises comme destinataire et expéditeur de marchandises, à chaque fois accompagné en marge du funeste glyphe de la Chauve Souris des Sables. Renseignements pris, l’homme tiendrait un comptoir de matériel à la sortie est de la ville, au départ de la Piste Canning, celle-là même qui mène vers le Desert et  la mystérieuse découverte de feu Arthur McWhirr. Malgré l’envie de l’irlandais d’aller y jeter un oeil, la prudence de ses compagnons l’emporte, ces derniers préférant ne pas mettre un coup de pied dans une si petite fourmilière, quitte à y repasser en revenant de leur expédition dans l’Outback. La bicoque retirée ne voit que peu de passage au cours de l’après-midi de surveillance menée par O’Rourke, se limitant à trois vilaines aborigènes désoeuvrées cuisant au soleil sur le perron de bois vermoulu. À un moment, il pense apercevoir Wycroft,  un grand escogriffe  dont le chapeau de cuir dissimule un visage hâvre d´une singulière pâleur, au moment où il sort aider un client à charger son camion.

20 septembre 1925, Grand Désert de Sable, Australie Occidentale: à bord des deux camions affrétés grâce à MacKenzie, les intrépides américains prennent la piste Canning en direction de l’est, pour rallier le point géodésique relevé à l’époque par Arthur McWhirr. la piste taille droit à travers le désert rouge, l’horizon ondoyant avec le mirage de chaleur donnant parfois l’impression de voir au loin des lacs, alors que seul la roche et le sable rouge répondent à l’azur intense de l’immensité du ciel austral. Le sentiment de solitude est prégnant. Dans l’étrangeté du paysage minéral ponctué de buissons épineux et de l’occasionnelle silhouette blanche d’un vieux gommier spectre, tout leur suggère le sentiment d’être étrangers à cette terre immémoriale. la chaleur étouffante des habitacles et la monotonie de la piste conduit les passagers à une lourde somnolence… Le soir au campement, le repas est rapide tant la fatigue se fait sentir alors que tombe la température sous un ciel aux étoiles bien singulières. La nuit, Dodge est une fois de plus en proie à des cauchemars qui le laissent tremblant, ruisselant de sueur, l’esprit enfiévré de visions effrayantes à la lisière de sa conscience, sources de terreur qu’il craint de se remémorer.

23 septembre 1925, Piste Canning, Grand Désert de Sable: au milieu de la journée, le ciel s’assombrit sinistrement, et les américains réalisent avec effroi qu’une tempête de sable se précipitent vers eux, telle une muraille ocre dévorant le ciel. Calfeutrés dans les camions, ils écoutent des heures durant le vent mugir avec des accents de fin du monde. Quand les vents retombent, le paysage est recouvert d’une épaisse couche de poussière, tandis que tout baigne dans une sorte de lueur ocre crépusculaire. Fort heureusement, les arrimages effectués à la sauvette et les couvertures placées sous les capots pour protéger les moteurs ont rempli leur office et la route peut reprendre.

24 septembre 1925, Piste Canning, Grand Désert de Sable: Aujourd’hui, des aborigènes sont aperçus au loin. Apparemment, méfiants, ils se tiennent à distance, immobiles, tels des statues de bois sombre, avant de s’éloigner à grand pas lorsque  Dodge s’approche, accompagné de O’Rourke, le fusil clairement en vue. Un peu plus tard, la monotonie du paysage est rompue par une ligne d’escarpements au loin. Cherchant une piste secondaire qui obliquerait vers le nord, ils finissent effectivement par trouver un chemin, au delà du puit Bungabinni. La piste cahoteuse serpente dans le sable et la rocaille en direction de la ligne rocheuse basse barrant l’horizon. Au bout de deux heures, au pied de la crête, pareille à une vague de grès rouge figée dans l’éternité,  se tiennent des constructions poussiéreuses, des tentes claquant au vent au pied d’un puit de forage surmontée d’une tour de poutrelles, flanquée d’un appentis en planches. De toute évidence les restes d’un ancien camp de mineurs.

Dans la lueur du couchant ensanglantant la muraille de roche toute proche, l’inspection du camp désert révèle bientôt que ce lieu désolé fut le théâtre d’évènements funestes: sous la poussière gisent les ossements de nombreux hommes. Le camp a -t-il fait l’objet d’une attaque de brigands attiré par l’or des prospecteurs, de celles qui font régulièrement la une des journaux australiens ? Comment en ce cas expliquer les os rompus ? Plus troublant encore, le vieux camion a demi renversé, dont le toit est enfoncé, tout comme sa portière comme sous l’effet d’un coup de bélier. Et que penser de la peinture du véhicule, comme décapée à la sableuse ? Autant d’éléments rappelant les divagations du journal de McWhirr…

Alors qu’ils s’interrogent la boule au ventre, les américains surprennent du mouvement et découvrent qu’ils ne sont pas seuls: l’air hagard et craintif, tel une bête apeurée, sec comme un vieux bout de cuir abandonné  au soleil, la barre incrustée de poussière rouge, un homme les observe… Une fois la surprise passée, lorsqu’ils parviennent à le calmer, Jeremy Grogan révèle sa tragique histoire. Il s’avère qu’il est l’unique survivant du massacre du camp par des choses qu’il pense avoir été appelée par l’américain les ayant embauchés, le mystérieux John Carver.  Si il est évident que sa santé mentale n’a pas résisté à des années de solitude, les américains ont assez vu de choses défiant l’entendement pour pouvoir croire à ses élucubrations convergeant, à l’instar des récits de McWhirr,  vers une vérité leur échappant encore…

25 septembre 1925, Piste Canning, Grand Désert de Sable: Embuscade dans un canyon sur la piste par des aborigènes du culte de la Chauve-Souris des Sables. Découverte des vestiges antédiluviens décrits par McWhirr.

26 septembre 1925, Ruines de la Cité de la Grand Race, Grand Désert de Sable: les Investigateurs pénètrent dans les ruines après avoir été témoin d’une mystérieuse attaque par une entité invisible. Exploration des vestiges d’une cité cyclopéenne enfouie sous les sables. Rencontre avec une présence invisible hantant les ténèbres.

27 septembre 1925, Ruines de Pnakotus, Grand Désert de Sable: poursuite de l’exploration. les Investigateurs finissent par tomber sur des traces d’activités humaines, sous la forme de lignes d’ampoules électriques reliant des sites d’excavation archéologique. Découverte du baraquement de John Carver qui n’est autre que Robert Huston. En compulsant les documents préhistoriques exhumés par Huston, Dodge est frappé par une vertigineuse révélation sur son épisode amnésique. Les Investigateurs libèrent le prisonnier qui s’avère rien de moins que l’esprit Yithian ayant possédé Dodge. Affrontant les terrifiants gardiens chiroptères de la Salle du Dôme Pourpre, ils parviennent à détruire ses hideuses statues.Armés d’armes à foudre, ils parviennent à affronter les horreurs invisibles et à fuir la Cité livrée aux monstrueux vents vivants.

27-30 septembre 1925, Piste de Canning: retour vers la civilisation.

1er octobre 1925, Cuncudgerie: de retour, ils tentent tant bien que mal de récupérer demeures blessures, tant physiques que morales. O’Rourke et le mystérieux Yithian surveillent le comptoir de Wycroft. L’irlandais resserve des billets de train pour Port Hedland, le 3.

2 octobre 1925, Cuncudgerie: dans la nuit, ils s’introduisent chez Mortimer Wycroft pour le neutraliser définitivement. ce qui devait s’avérer une exécution furtive tourne à la fusillade, obligeant Simons et Dodge à se cacher dans le désert. Au petit matin, ils prendront le train après avoir administré les premiers soins à l’anthropologue australien.

3-10 octobre 1925, Port Hedland: retour à Port Hedland où ils sont accueillis par Mckenzie qui les héberge chez lui. Durant la première nuit, O’Rourke et Simons rassemblent le transmetteur d’esprit Yithian sous la supervision de leur allié. Le Yithian replonge dans l’Abime du Temps. les investigateurs abandonnent le jeune adolescent catatonique à la sortie de Port Hedland, non  sans lui avoir garnis les poches pour qu’il puisse se débrouiller à son réveil. Ils apprendront le lendemain de la bouche de leur hôte que leur « jeune boy nègre » s’est fait arrêter pour vagabondage et vol, étant en possession d’une somme plus que suspecte. Compte de son état de prostration, l’adolescent a été confié aux bons soins de la congrégation locale. Malgré les efforts de Dodge, qui ne comprend que trop bien les affres du jeune aborigène, pour entrer en contact avec lui, ce dernier reste muré dans une attitude quasi-catatonique.